L’Éducation Nationale recrute ! (et c’est pas beau à voir…)

« Mettez l’accent sur le danger. Expliquez que vous allez fonder un nouvel institut de recherches (…) mais soulignez bien le danger auprès des candidats éventuels.
– Mais pourquoi au nom du Ciel ? demanda Lanning.
– Parce que le piment du danger viendra s’ajouter aux autres attraits de la profession. (…) L’appât de la sécurité vous a-t-il apporté les résultats attendus ? Alors essayez autre chose, un moyen qui ait donné des résultats en d’autres domaines ! »

Isaac Asimov, « Lenny »

we_need_you

Je ne sais pas vous, mais ces séries de spots publicitaires destinés à faire la promotion du métier d’enseignant m’étaient passées sous le nez. Je vous en passe quelques extraits, attention, il y a du niveau.

C’est par ici.

Par là.

Et là (attention, celle-là est kollektor)

(Je signale par loyauté que le dernier extrait date d’il y a un an)

Et ça n’est qu’un échantillon.

Les amis, je savais que le recrutement dans le corps enseignant devenait de plus en plus difficile, mais pour qu’on en arrive à ça, je serais vraiment curieux de connaître les chiffres du déficit de candidats au CAPES.
Oui, je sais, je ne suis jamais content, pour une fois que l’Éducation Nationale prend les choses en main et tente de se lancer dans la bataille de la communication, en présentant les profs sous une lumière positive, pourquoi est-ce que je me trouve encore à chouiner ?

Pour une simple et bonne raison : ces pastilles vidéo véhiculent les clichés les plus éculés et mensongers sur la profession. Je m’explique.

On passera rapidement sur la mise en scène qui provoquerait une crise de diabète chez un Petit Poney : couleurs pastels, bande-son mignonette à base de clochettes et de sifflements et sourires dignes de représentants de la secte la plus proche. M’est avis que ce n’est pas tout à fait l’ambiance qui règne le lundi matin à 8 heures dans la salle A 108 quand débarque une classe de cinquième. On alterne entre des plans face caméra et de fausses images volées avant le tournage, ah ah ah, qu’est-ce qu’on rigole, vous voyez que les profs n’occupent pas leur temps à hurler sur leurs interlocuteurs, les yeux exorbités. Ceci dit, je comprends qu’il faille sacrifier aux codes de la publicité et qu’un public un brin averti ne se laissera pas prendre (je sais, ma naïveté n’a pas de bornes).

Non, ce qui me révulse, c’est le contenu des discours. La plupart de ces petits spots se concentrent sur des anecdotes marrantes du métier qui font passer les profs, au mieux pour de gentils rêveurs, au pire pour des émules de Nathalie Kosciusko-Morrizet, totalement détachés des réalités concrètes : que c’est pittoresque, cette campagne où les parents vont chercher leurs enfants en tracteurs ! (et il est de notoriété publique que tous les actifs adorent muter dans une région dont ils ne connaissent rien, où il n’ont aucune attache, pour débuter leur carrière.)
Les profs sont encore une fois présentés comme des animateurs, des originaux qui trouvent des « trucs » pour intéresser leurs élèves à leur cours.

clown

N’où qu’il était le sujet de la phrase les n’enfant ? Hein ? N’attention qu’il peut n’y avoir une reprise pronominale, ho ho ho !

Histoire d’éviter le lynchage immédiat, je tiens à préciser qu’il s’agit évidemment d’une part importante de notre boulot : l’époque de la leçon écrite au tableau noir dans un silence religieux est définitivement révolue, parfois au grand dam de certains. Faire preuve d’une pédagogie innovante est un atout de poids, et ce sont les heures où l’on met vraiment en scène la pièce de théâtre que l’on étudie, où l’on rencontre un auteur, où l’on participe à une compétition sportive qui resteront dans les mémoires d’élèves. Cela je le reconnais totalement.

Mais ce n’est pas l’essentiel pour un prof.

Être enseignant est un travail exigeant avant tout. L’une de mes collègues (la plus géniale de l’Histoire de la Création) a plusieurs fois eu cette phrase : « l’attention des élèves passe par la rigueur du professeur ». Et il n’y a pas à sortir de là.
Notre métier, notre mission en tant qu’employés de l’État consiste avant tout à faire passer des connaissances à nos élèves. Et ces connaissances doivent, de notre côté, être parfaitement acquises. Je ne me lance pas dans un seul cours de grammaire sans avoir auparavant relu les notions que je vais aborder, vérifié les exceptions et les pièges. Je dois être capable de citer de mémoire les extraits importants des œuvres que nous étudions en cours, œuvres d’auteurs dont je connais les grandes lignes de la biographie. Si des passerelles existent entre l’enseignement au collège, au lycée et en classe préparatoire, si le CAPES s’obtient à BAC +5, il y a une raison. Les professeurs sont riches de connaissances nombreuses et précises, qu’ils se doivent d’entretenir. Et ce point n’est jamais ou presque mis en avant dans les campagnes de recrutement.

Dès lors, comment s’étonner que le boulot de prof peine à être considéré avec sérieux par certaines instances ? L’image donnée au public du prof contemporain est celle du gentil pédago, passionné par son propre nombril, qui organise des débats dans sa classe, réalise de grandes cartes colorées ou fait chanter tout un collège sur l’air de la Cup Song. Bien sûr, tout cela contribue souvent à un meilleur apprentissage des élèves et permet de raccrocher ceux qui se révoltent face à un système scolaire trop rigide. Mais il s’agit de la surface. Du résultat final, qui, lui, s’appuie sur un travail minutieux, laborieux souvent, et nécessite une érudition importante. Ce résultat final semble tellement fluide, tellement aisé à obtenir… ce doit être facile ! Alors pourquoi les théorèmes si compliqués à retenir, les dossiers d’Histoire qui nécessitent plusieurs heures de travail, les bouquins de plus de 200 pages à lire ?

Alors bien sûr, expliquer que pendant les vacances, le prof aussi a bossé, qu’il s’est envoyé des ouvrages théoriques sur l’écriture romanesque, qu’il a traduit des bouts d’un bouquin qu’on fait étudier en français à des mômes pour mieux en saisir le rythme, qu’il a revu les points les plus obscurs de la conjugaison pronominale, c’est moyennement télégénique. Mais c’est ça, la réalité du boulot. On ne filmera jamais les gammes d’une concertiste ou les exercices à la barre d’un danseur classique. Mais peut-être que finalement, ce pourrait être l’une des pistes à explorer pour enrayer l’hémorragie actuelle de la vocation enseignante. Mettre l’accent sur l’exigence de la profession.

Être prof est un défi. C’est un travail qui nécessite des connaissances d’une solidité à toute épreuve, un enthousiasme débordant, une créativité dingue. Il est essentiel de maîtriser la pédagogie, les relations humaines et de ne pas compter ses heures. Rares sont les classes qui maintiendront une attention et des résultats constants toute l’année, imaginaire est l’établissement qui ne connaît aucun problème. Nous ne sommes pas des Geo Trouvetout du savoir, des inventeurs de bidules à apprendre. Nous sommes avant tout – toute modestie laissée de côté – des érudits, et c’est par cette érudition que nous inventons des cours de qualité.
Oui je sais, dit comme ça, la description du métier a de troublantes ressemblances avec celle de la Légion Étrangère.

Cependant je persiste à croire que la revalorisation du boulot passe par là. Par la prise de conscience des jeunes profs qu’ils s’engagent dans une profession difficile et prenante. Et par celle du grand public que nous sommes des spécialistes de notre domaine, que nous apportons un savoir patiemment construit et entretenu avec soin à des enfants. À travers des films, des expositions, des interventions extérieures, bien entendu.

Mais toujours avec exigence.

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11 réflexions sur “L’Éducation Nationale recrute ! (et c’est pas beau à voir…)

  1. Oh. My. God.
    Honnêtement, pour le 3ème spot publicitaire, j’ai vomi….
    C’est quoi ce délire, ils nous font La Petite Maison dans la Prairie version Educ’ Nat’??
    Merci pour cette description de notre métier qui est réaliste. En tant que jeune enseignante, ça fait plaisir de constater que je ne me suis pas trompée en sachant que la route serait longue et semée d’embûche, et qu’il n’y aurait pas de ligne droite!

    1. H. Samovar

      Je me demande en fait si ces spots ne sont pas financés en sous-main par une association militant pour la fin du statut d’enseignant…

      Dans tous les cas bienvenue dans le métier ! Un métier compliqué, difficile, mais tellement enthousiasmant. Et qui a besoin d’être aimé en ce moment. Bon courage !

  2. French Teacher

    Le troisième spot est criminel ! Quand on discute en salle des profs à propos des premières affectations, combien racontent exactement le contraire ? un poste à l’autre bout de la France, loin de la famille, des amis, des racines, imposé, souvent dans un établissement difficile, bref, un coup à dégoûter du métier. Certes, ça fait tomber les illusions, mais à quel prix ? commencer un métier par des blessures profondes et des remises en question brutales, est-ce vraiment le meilleur moyen d’assurer ensuite sa mission avec zèle et enthousiasme ?
    Raaaah, ça m’a mis en colère de voir ça ! Et je suis 100% d’accord avec ton article (entre collègues, je me permets de te tutoyer) : nier la rigueur, le travail et l’exigence de la profession, les passer sous silence, c’est le meilleur moyen pour qu’elle continue à être dévalorisée, et à ce que les non-profs continuent à confondre notre boulot avec celui d’un gentil organisateur du club-med – la considération en moins !

  3. Chaps

    Je pensais que c’était juste un hasard, une coïncidence …
    En fait, c’est vraisemblablement plus profond. L’enseignant est déconsidéré par « le reste du monde » et particulièrement quand on le compare ou quand il se compare à un « animateur ».
    Bon c’est facile à comprendre aussi … à un animateur … vous imaginez un peu ?
    Euh … oui … assez bien vu que c’est ce que je suis !
    Et depuis longtemps, et je le revendique
    Certes je ne suis pas un animateur des quinzaines commerciales de votre hypermarché favori, je ne suis pas un animateur-télé non plus, non non …
    Je suis un animateur socioculturel pour ceux qui apprécient le barbare glossaire.
    Un animateur quoi !
    Il y a de ça plus de quinze ans, j’annonçais mon départ prochain en formation pour devenir SA (Super Animateur, ne vous méprenez pas!), un participant à l’un des ateliers que j’animais et enseignant de surcroît s’interrogeait : « ah parce qu’il faut étudier pour faire ce que tu fais ? »
    Et si les enseignants avaient quelques soucis avec la considération de l’autre, cet étrange étranger qui ne souhaite même pas devenir enseignant ?
    Un mien ami enseignant (mais oui il existe des enseignants qui fréquentent d’autres personnes que des enseignants!) me dit depuis qu’il exerce : « ce que j’ai appris de ce métier, c’est avec toi que je l’ai appris « .
    Assurément il exagère, connaissant mon penchant pour la flatterie. Plus sûrement il reconnait là que son métier ne s’arrête pas à la transmission de connaissances mais passe aussi par l’infuse diffusion de savoir-être.
    Serait-ce là mon métier d’animateur ?
    Oui je le pense et ce fluide est le facilitateur des rouages de cette éducation populaire (sans majuscule s’il vous plaît) qui me tient tant à cœur. La formation tout au long de la vie, celle qui ne peut se passer de la rencontre. Aujourd’hui je t’apprends quelque chose et demain c’est toi qui m’éclairera.
    Si je sais désormais quelque chose de l’acte artistique, je le dois à tous ces maillons de l’éducation populaire – dont beaucoup d’enseignants – qui m’ont permis de toucher du doigt en quoi cette pratique artistique, ma pratique de l’art me grandissait comme citoyen du monde.
    L’art rend citoyen disait celui qui m’a mis le pied à l’étrier,
    un enseignant qui s’accommodait mal des murs de sa classe.
    Pour lui – et c’est ainsi que je travaille depuis – la pratique artistique dans la classe et ailleurs, c’est l’occasion de retrouver, à égalité, tous ceux qui prennent le risque de s’y lancer : les enfants, les enseignants, les artistes, les animateurs et tous les adultes en général.
    Bien sûr cela se heurte à la figure imposée aux professeurs : « aujourd’hui c’est théâtre obligatoire pour tous ! »
    Allez l’art interroge la pédagogie comme la pédagogie interroge l’art … et l’animateur.
    Mais comment apprendre la rigueur du savoir-être ?
    Dans quelle ESPE, IUFM, Ecoles Normales apprend-on la rigueur et l’humilité ?
    pour l’humilité, fréquentez donc les ateliers de la MJC ou du foyer rural de votre quartier, ce foyer rural où l’on se rend en tracteur (?). Ah échanger sur l’étrange lecture de Deleuze du berger corse, ou sur la place du chœur antique dans le théâtre contemporain ou à la télévision ! Ça, ça vous forge l’humilité, rencontrer l’intelligence là où on ne l’attendait pas…
    Zavez intérêt de bosser « sans compter les heures » pour rester simplement à l’écoute, spectateur auditeur anonyme de la beauté du monde.
    Je suis animateur et je suis beau quand je travaille.
    S’il vous plaît, amis enseignants, ne craignez plus la comparaison, réclamez-là !

  4. H. Samovar

    Merci pour ce discours. Ayant moi-même exercé les fonctions d’animateur dans une MJC pendant deux ans avant de passer le concours de l’enseignement, je dois dire que vous décrivez parfaitement tout ce qui m’a tellement enrichi dans ce métier.

    Ceci dit, si j’ai pu écrire des propos qui auraient été mal interprété, je m’en excuse : mais, si vous avez pris le temps de parcourir mes autres billets d’humeur, vous aurez constaté que j’emploie également le mot « fonctionnaire » au sens péjoratif du terme, quand bien même j’en suis hein, et ne parlons pas du terme de prof.

    Ne voyez aucun mépris dans ce texte pour le métier d’animateur et moins encore pour l’éducation populaire (avec ou sans majuscule, je m’en cogne totalement le fondement) : c’est d’ailleurs ma première alliée lors des rencontres parents-professeurs figurez-vous. « Mais il peut faire quoi d’autre que regarder la télé ou jouer à la console le soir, mon enfant ? » « Amenez-le à la MJC, vous serez étonné. » Et, cela va vous surprendre plus encore, je me rends moi-même dans ces étranges structures pour collaborer avec ses occupants. Si si. Parce que la culture n’a pas vocation à s’arrêter passée la porte d’une salle de classe ou le portique de sécurité d’un musée.

    Le côté épidermique de votre réaction me laisse à penser que vous n’avez pas eu que de bonnes expériences avec les enseignants… mais il est un point sur lequel je persiste et je signe : un enseignant n’est pas plus un animateur que l’inverse. Et je suis totalement contre le rapprochement, car c’est dévaloriser les deux professions, en supposant qu’elles soient équivalentes (ça fonctionne aussi pour assistant social, infirmier scolaire, psychiatre et j’en passe…) Ayant quitté votre métier depuis un moment, j’ignore comment le public la voit actuellement, je sais juste que le statut de prof doit être défendu au quotidien pour garder une quelconque crédibilité, et cela passe par une définition précise de ce qu’il est. Je m’attirerai sans doute les foudres d’un psychologue scolaire le jour où j’écrirai « Chers parents, je suis là pour enseigner, je n’ai pas le temps de régler les problèmes de votre famille », mais ce sera tout aussi vrai.

    L’éducation passe par un nombre de biais inconcevables. Mais dans ce maillage, je pense que nous devons chacun tenir notre fil avec autant de passion que de rigueur. Et il me semble que c’est faire preuve d’humilité que de dire que nous ne pouvons nous substituer les uns aux autres. Au plaisir de vous recroiser.

    M. Samovar, ex-intermittent / animateur / prof particulier

    1. French Teacher

      Je lis ce matin votre réponse, Monsieur Samovar, et aurais aimé trouver les mots mesurés que vous employez, plutôt que le long discours que j’ai écrit à chaud hier soir… J’avais perçu aussi la réaction épidermique de Chaps, et voulais aussi lui faire comprendre que vos propos (auxquels j’adhère !) n’ont rien de méprisant vis à vis des animateurs, mais visent à redonner sa spécificité à notre métier : ni psy, ni assistant social, ni animateur, même si on utilise un peu de ces différentes compétences. « Chacun tenir son fil », en effet, jolie image…

  5. French Teacher

    Je viens de commencer un énième remplacement dans un lycée où des chorégraphes interviennent, en collaboration avec le professeur de sport, pour animer des ateliers danse. J’ai travaillé avec des metteurs en scène et des intermittents du spectacle (j’en ai même dans ma famille, comme quoi, oui, on peut être enseignant et fréquenter des non-profs !) pour connaître le milieu du théâtre, et mieux travailler avec mes élèves quand on devait étudier des pièces. Mon père a été des années directeur de maison de jeunes, et donc « animateur en chef ». Je sais combien la rigueur et l’exigence font aussi partie de ces métiers.
    Je ne me sentirais pas dévalorisée quand on assimile mon travail à de l’animation, si ce n’était pas fait avec mépris, et souvent assorti d’une interdiction de me plaindre…

    « Oh, toi, avec le boulot que tu fais, franchement, 18h, comment tu fais pour être fatiguée ? » « Pourquoi tu ne donnes pas l’envie d’apprendre aux élèves en faisant des cours plus ludiques ? »

    Un animateur, en général, travaille soit avec des personnes volontaires (comme dans les ateliers danse, pour lesquels les élèves s’inscrivent) soit dans un cadre de loisirs. Il est assez rare, je pense, qu’un acteur de théâtre ou un animateur d’atelier s’adresse à des gens contraints et forcés d’être là, voire hostiles à ce qu’il va dire et donc à ce qu’il peut leur apporter. De plus, notre métier passe aussi par beaucoup d’obligations… on a beau animer tout ce qu’on veut, faire entrer dans la tête de gamins rétifs la règle d’accord des participes passés, ou la définition du romantisme en littérature, c’est une obligation des programmes, et pas franchement un plaisir à mettre en oeuvre. Même si, bien sûr, on trouve des biais, des stratégies, pour que certaines connaissances soient acquises dans la joie et la bonne humeur, mais on est bien loin des têtes blondes avides de connaissances, et prêtes à recevoir ce que l’enseignant peut leur apporter et à donner le meilleur de même, dans une relation enrichissante et réciproque…

    Je pense que ce qui hérisse les profs, c’est de constater que, pour la plupart, on fait ce boulot avec passion, avec amour, avec envie au moins, qu’on s’intéresse réellement aux élèves dans leur intégralité, qu’on a vraiment envie de faire passer les connaissances de la façon la moins rébarbative possible, et d’amener tous nos interlocuteurs au meilleur d’eux mêmes. Mais aussi, qu’on est frustrés de ne pas pouvoir donner notre maximum, car soumis à des exigences ministérielles bien loin des réalités du terrain, frustrés de se donner à fond et d’être considéré par beaucoup de gens comme des feignasses-qui-ont-plein-de-vacances, blessés de constater que le boulot occupe nos pensées, parfois même envahit nos vies, nos soirées, nos nuits tant il nous tient à coeur, et que, pourtant, dans notre propre famille, parfois, on a l’impression que cet investissement n’est ni compris, ni reconnu.

    Comme dans tous les métiers, il y a des avantages et des inconvénients, du stress et des moments de grâce, des moments où on voudrait tout plaquer et des instants où on ne voudrait pour rien au monde faire autre chose… Mais je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup de métiers dont on donne une vision aussi mensongère et aussi éloignée de notre quotidien. Après des spots comme ceux là, chacun pourra croire connaître notre boulot alors que la vision donnée est fausse, nie les difficultés, et fait passer notre métier pour un métier facile, épanouissant. Ce qu’il est, parfois, bien sûr, mais ça étouffe encore plus les plaintes, les cris (j’irai même jusqu’à dire les cris de détresse) de ceux qui le pratiquent dans la souffrance, tiraillés en permanence entre ce qu’ils aimeraient faire (l’idéal montré dans ces spots) et ce qu’ils peuvent faire vraiment dans leurs classes, en s’arrangeant avec le manque de matériel, le manque de concertation, et surtout, surtout, les élèves, plus ou moins réceptifs…

    Je ne suis pas blasée du métier, je l’aime, mais il peut être certaines fois, au hasard des postes dans lesquels je suis affectée sans possibilité de choix, une vraie souffrance, et m’amener à une vraie remise en question. Pour un travail que j’ai choisi, presque par vocation, en arriver à m’interroger 15 ans après sur le fait de le poursuivre ou non jusqu’à la retraite, le constat est douloureux. Et je connais énormément de collègues dans mon cas.
    Alors oui, que ces spots supposés valoriser l’enseignement, tente de faire passer mon métier pour un métier « facile », d’animateur, c’est à la fois cracher sur le métier d’animateur – qui est exigeant aussi ! – travestir la vérité, et nier la souffrance de plus en plus liée à ce métier…

    Je ne me sens pas valorisée, écoutée, et définie, en regardant ces spots. Je me sens trahie.

    Pardon, Chaps, de cette réponse si longue, mais je ne voudrais pas que vous ayiez l’impression que nous autres, profs, dévalorisons le métier d’animateur. Chaque métier est respectable. Mais chaque métier, tout simplement, est à respecter, ainsi que ses acteurs. Je crois que beaucoup d’entre nous feraient ce métier encore mieux si on sentait ce respect plus souvent chez les parents d’élèves qu’on a en face de nous, et chez les personnes qui nous emploient et qui sont capables de pondre ce genre de « pubs ».

  6. Bonjour à tous,

    Deux attitudes possibles, on reste le nez dans le guidon et on écrit des choses très justes, sur un blog, un quelconque forum et on se lamente, ou on se donne les moyens d’agir et de peser sur nos disciplines. Si des collègues historiens géographes souhaitent communiquer avec nous, s’engager dans une démarche disciplinaire nous les accueillons avec joie.

    Bonjour,
    Pour connaître les Clionautes
    vous pouvez visiter nos sites dédiés
    Portail veille éditoriale
    http://clio-cr.clionautes.org/
    Portail Clio-prépas
    http://clio-prepas.clionautes.org/
    La galaxie des Clionautes
    http://www.clionautes.org/
    Les Clionautes souhaitent intervenir dans le débat public sur l’enseignement de l’histoire et de la géographie, leur place dans tous les ordres d’enseignement et promouvoir l’utilisation des technologies numériques dans ces disciplines.
    Les Clionautes sont attentifs à ce que les travaux des chercheurs soient les plus diffusés possibles, ce qui se traduit par notre travail de recension et d’annonces de colloques et de mises en ligne des évènements comme Blois et Saint Dié.
    Pour obtenir toute précision bruno.modica@clionautes.org
    Le nouveau site des Clionautes
    http://www.clionautes.org/index.php
    Les Clionautes sont une association de culture professionnelle
    Dirigée par un bureau, avec un Président, un secrétaire et un trésorier. Association d’utilité publique elle a permis cette année que la cotisation annuelle (15 €) soit déductible de l’IRPP à concurrence de 66 %. http://www.clionautes.org/spip.php?article493#.Uv5Lv4WwSuE
    Cette association s’inscrit dans une démarche expliquée ci-dessous

    Une association de praticiens de l’histoire et de la géographie,
    enseignants mais pas seulement, engagés dans les usages du numérique

    Mission

    Les Clionautes sont une association regroupant des enseignants
    d’histoire et de géographie. Elle a été créée en 1998 par des membres de la liste H-Français. Les Clionautes se fixent comme but : la diffusion des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement de l’histoire et de la géographie ainsi que la promotion et la défense de l’enseignement de l’histoire, la géographie,
    l’éducation civique, juridique et sociale.

    Informations générales

    Association de culture professionnelle, les Clionautes, historiens et
    géographes, souhaitent jouer pleinement leur rôle dans les débats
    engagés aujourd’hui dans l’espace public à propos de nos disciplines enseignées.
    Nous agissons dans tous les ordres d’enseignement, du primaire à
    l’université, en passant par les classes préparatoires et nous sommes ouvert à toutes personnes, enseignantes ou non, actifs ou non, étudiants qui partagent ces objectifs.

    La mutation du site avec son nouvel habillage correspond aussi à une nouvelle approche, celle d’une association disciplinaire, engagée et active. Indépendante mais présente dans les débats sur les programmes et en général sur les enjeux qui concernent nos matières. (Lois mémorielles, débats sur l’histoire etc.)

    Contact Skype identifiant trinacriafr

  7. Régine

    C’est une blague ces spots ou j’hallucine ? Mention spéciale à la prof de philo qui débarque en tapotant des trucs au pif sur sa tablette et qui s’étonne que des élèves de Terminale savent lire des e-mails sur un smartphone !

    En ce qui me concerne, c’est ma première année dans le métier, je fais partie de cette promotion « sacrifiée » 2014 / cobayes de la nouvelle formule / rebuts de l’ancienne selon votre bord, bref, de la dernière à laquelle on a exigé de rédiger un mémoire de recherche pour s’inscrire au CAPES, celle qui officie à temps partiel devant une classe et qui suit une formation à l’ESPE le temps restant. Et c’est bien là qu’on voit tous les soucis qu’a l’E.N à définir ce qu’elle exige de notre métier.
    Entre le savoir érudit dont l’université nous demande de nous prévaloir (un bac+5, c’est pas gratuit), les innovations pédagogiques que l’ESPE nous recommandent et la dure réalité constatée dans les établissements (manque de moyens, refus de coopération de certains collègues un peu sclérosés, communication rompue avec quelques élèves), il y a de quoi virer schizo.

    Ce qui est bien drôle dans ces vidéos, c’est que les arguments qu’on présente sont bien censée CONVAINCRE de frêles étudiants de ma trempe d’entrer dans la profession. Ce n’est donc pas seulement nier la difficulté du métier ni se foutre des élèves (qu’on prend aussi un peu pour des imbéciles pour qui une nouvelle génération de prof doit s’abaisser à faire cours de façon rigolo-innovante), mais aussi parier sur la totale naïveté des aspirants profs. Bien sûr, le discours doit présenter un consensus, un truc alléchant, mais qui est dupe ?
    Quand on fait le tour de ma promo pour savoir pour quelles raisons on a choisi de passer le concours, on tombe sur plusieurs motivations personnelles qui n’ont rien à voir avec ce qui est présenté. Parce que c’est vrai que si certaines sont difficiles à avouer élégamment (= boulot à vie), d’autres auront surtout l’air très ennuyeuses à présenter sur un compte Dailymotion ministériel (« moi j’aime bien l’école, je suis fasciné par le modèle de micro-société qu’elle représente, j’ai confiance dans son pouvoir à créer des miracles d’ascension sociale… »)

    Sur l’assimilation prof/animateur de colo, tout à fait d’accord avec ton propos. Oui c’est bien beau de faire entrer le numérique à l’école, d’expérimenter des nouvelles formes de dialogue avec les élèves, mais halte à l’excès de démagogie. On a tendance à valoriser cette approche dans un seul but, celui de s’auto-congratuler du fait qu’on a réussi à comprendre que le public a évolué, et que le métier a su s’y adapter. Mais nos élèves ne sont pas idiots, et c’est se foutre de leur gueule que de le faire ainsi. Ils savent juger de ce qui est un cours de qualité, peu importe si c’est au moyen d’un gadget aux qualités heuristiques avérées ou pas.

    J’irais jusqu’à dire qu’il y a prof, et prof de l’éducation nationale : la nuance a son importance. Ce qui est rageant dans cette campagne de comm’, c’est qu’elle induit à croire que n’importe qui peut enseigner s’il en a la vocation.
    Pendant mes années Licence, j’ai bossé chez Acadomia et autres, où j’ai côtoyé certains assimilés-profs, qui n’avaient rien compris à ce qu’exige ce métier, et qui communiquaient ces approximations à des parents d’élèves : ça a réduit la conception de notre travail à un simple marchandage de savoir « j’ai vaguement appris ce truc à la fac, je sais l’expliquer et je suis payé à ça ». C’est comme ça qu’on en arrive à collecter des idées reçues sur les profs : notre effort est minime, on peut nous substituer à n’importe quelle personne censée détenir les connaissances enseignées au programme, on peut demander aux profs d’enseigner plusieurs matières, etc.

  8. Ceridwen

    Pour être honnête, il n’y pas que le contenu des discours qui m’a fait sauter en l’air. Le narcissisme du monsieur m’a rendue malade, et la malheureuse campagnophile (non, je n’ai pas trouvé de mot pour ça) m’a très nettement donné envie de m’ouvrir les veines.

  9. Isabelle

    Bonjour,
    Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses dont ces spots promotionnels ne parleront jamais. Et pourtant…
    Un exemple : ce que dévoile le blog Omerta au Rectorat.
    https://omertaaurectorat.wordpress.com/
    Vous non plus, vous ne connaissiez pas l’ampleur du phénomène ? Un prof médiocre mais frotte-manches et servile fera meilleure carrière qu’un enseignant engagé, passionné, passionnant mais qui refuse les courbettes et les compromissions. Pire : un professeur qui fait réfléchir ses élèves et apporte de l’esprit critique en salle des professeurs et en Conseil d’Administration peut se retrouver en Commission Disciplinaire pour des fautes imaginaires en moins de temps qu’il n’en faut pour y croire. Dommage que les enseignants eux-mêmes n’en parlent pas, et se disent que cela n’arrive qu’aux autres…
    Isabelle

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