La réforme du collège, épisode 1

Ce billet inaugure, en pleines vacances, une nouvelle rubrique qui sera dédié au courrier des lecteurs. En effet, alors que je glandouillais bêtement sur internet au lieu de repenser mon cours sur les fabliaux du Moyen-Age, quelle ne fut pas ma surprise quand je fus avisé de l’arrivée d’un mail. L’oeil curieux, je m’empressai donc de l’ouvrir, pour tomber sur la prose suivante.

« C’est quoi cette histoire de réforme du collège.

Cdlt »

Après avoir téléphoné à mon ami de Sicile Gino, que j’ai chargé de faire comprendre à l’expéditeur que je n’aime pas trop trop l’emploi du « Cdlt », je me suis fait la réflexion qu’en effet, la réforme du collège est un sujet important, complexe, et qui mérite que l’on s’y attarde. Voici donc le premier volet d’une passionnante série documentaire destinée à comprendre un peu ce qui agite le petit monde de l’Education en ce moment.

Afin de préserver mon anonymat et me couvrir de ridicule, ce reportage sera mené par Zelda, Princesse d’Hyrule.

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Et Peach, Monarque du Royaume Champignon.

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Et sans plus attendre, voici donc ce dont nous allons parler dans les jours / semaines à venir.

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Commençons donc par le commencement…

Réformer le collège : quand, qui, pourquoi, comment ?

Cette réforme est censée entrer en vigueur à la rentrée de septembre 2016. Ce qui veut dire que l’année prochaine sera encore celle du collège ancienne mouture. Par contre, à la rentrée 2016, tous les collèges s’y mettront sans exception. Rien n’empêche cependant certains établissements de modifier une partie de leur fonctionnement dès septembre 2015, sur décision de l’équipe de direction, afin de tester les dispositifs qui sont détaillés pour partie sur le site de l’Education Nationale ici.

À l’heure actuelle, le projet n’est pas encore gravé dans le marbre. La réforme, tel l’hiver, va arriver, mais toutes ses modalités ne sont pas encore connues.

C’est la Ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaut-Belkacem qui a lancé cette réforme. Cependant, le projet n’est pas nouveau. Nombreux sont les ministres de l’Education Nationale qui ont essayé de réformer le fonctionnement du collège. Paradoxalement, cette structure qui fait la jonction entre école primaire et lycée semble plus difficile à modifier que les autres.

Cette réforme du collège fait suite à la loi du 8 juillet 2013, dite Loi de Refondation de l’Ecole de la République, qui cherche à modifier la façon dont l’enseignement dans son ensemble fonctionne.

Tout ça c’est très joli, mais pourquoi vouloir modifier ledit fonctionnement ?

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Pour le Ministère de l’Éducation Nationale, le collège souffre de plusieurs problèmes :

– Il est inégalitaire.

– Il suscite de l’ennui chez les élèves.

– Il n’est pas adapté aux réalités du monde actuel.

– Il ne permet pas une orientation professionnelle efficace.

– Élèves, parents et professeurs souffrent des insuffisances de cette structure.

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C’est donc à ces manquements que s’attaque la réforme du collège, au travers de quatre grands axes :

– La refonte des programmes : Une mise à jour des disciplines (matières) est évoquée, mais, pour le moment, elle n’est pas encore stabilisée. Elle sera évoquée plus en détail dans les articles à venir. Si vous ne pouvez pas attendre, le Conseil supérieur des programmes donne des orientations assez précises sur les nouvelles exigences. Ce que l’on sait, est que le socle commun (le texte qui définit ce que TOUT élève sortant du collège doit savoir) a été modifié.

La grande nouveauté tient avant tout dans les Enseignements Pratiques Interdisciplinaire (EPI de leur petit nom).

Un EPI porte sur un thème (il y en 8 : développement durable ; sciences et société ; corps, santé et sécurité ; information, communication, citoyenneté ; culture et création artistiques ; monde économique et professionnel ; langues et cultures de l’Antiquité ; langues et cultures régionales et étrangères.) Durant ces cours, on travaille autour de projets dans plusieurs matières différentes, avec plusieurs enseignants, c’est ce que l’on appelle le co-enseignement, principe ardemment défendu par la ministre qui souhaite que plus de liens soient établis entre les différentes matières.

Par exemple, dans le thème « développement durable », on pourrait organiser un débat autour du recyclage (matières concernées : français, éducation civique et SVT), ou créer des bacs de tri pour différents déchets (Technologie, Physique et SVT).

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– Des parcours plus individualisés : La réforme du collège insiste sur le besoin pour les élèves d’avoir des temps de travail en petits groupes, en particulier pour acquérir les méthodes nécessaires pour réussir au collège. On encourage donc les profs à travailler avec les enseignants de primaire et 3 heures de l’emploi du temps des 6èmes sont dévolues à l’acquisition de méthodes de travail. Les autres niveaux sont également concernés, et ces heures sont obligatoire, là où elles étaient auparavant optionnelles.
Toujours dans cette optique, 20% des enseignements seront laissés à la libre appréciation du collège afin d’organiser ces accompagnements (contre environ 8% aujourd’hui) : aide aux devoirs, à la prise de note, ateliers pour travailler sur l’oral…

– Développer des compétences « vraiment » utiles : Dans cette optique, le gouvernement a décidé de mettre en place l’enseignement de la LV2 (langue vivante 2) dès la cinquième, soit un an plus tôt qu’actuellement. Il est également demandé aux collèges de renforcer l’apprentissage des outils numériques, selon des modalités qui sont dans le prolongement de ce qui est demandé aujourd’hui aux élèves.

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– Permettre aux collégiens de s’épanouir davantage dans leur établissement : Un ensemble de dispositifs dont le but est que les collégiens se sentent mieux entre les murs où il passe une importante partie de leur belleuh jeunesse. On y trouve entre autres une pause méridienne – ça veut dire de midi en fait – de 1h30 pour tout le monde, la mise en place de conseils de délégués de classe, la rédaction obligatoire d’un journal (ou d’une émission de radio, podcast…) servant à fédérer le collège.

Voilà en gros ce que la réforme du collège propose. Bien entendu, vu comme ça, les polémiques qui éclatent parmi les enseignants, les syndicats et les chefs d’établissement peuvent sembler un brin excessives. D’autant plus que nombre des propositions semblent aller dans l’intérêt, tant des élèves que des adultes qui les encadrent.

C’est pour cette raison qu’au prochain épisode, nos vaillantes enquêtrices se pencheront sur tout ce que la réforme du collège pourrait apporter de bon à nos chers têtes blondes (ainsi qu’à leurs parents). Et elles s’aventureront dans l’antre des hamsters pirates aussi. Peut-être.

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Ou vers un plat à tajine, c’est selon…

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8 réflexions sur “La réforme du collège, épisode 1

  1. Anne de Toulon

    « Il est également demander aux collèges de renforcer l’apprentissage des outils numériques » : petite faute de frappe sur demander…
    Et sinon, maintenant que j’ai bien fait mon prof de français relou, juste merci pour ces billets que je vais attendre avec impatience, parce qu’en tant que TZR en lycée cette année, j’ai eu la flemme de me pencher sur cette énième réforme, que je serai pourtant peut-être obligée d’appliquer l’an prochain, en fonction du poste dans lequel je tomberai. Et même si je perçois bien que toutes ces belles idées me semblent un tantinet irréalistes au vu de nos conditions de travail actuelles, et un poil ambitieuses (chouette, apprendre une deuxième langue dès la cinquième ! et si on s’assurait déjà que les élèves sortent de troisième – voire du primaire, soyons fou – en sachant écrire trois mots d’affilée sans fautes, hein, ça ne serait-y pas une bonne idée ?), ça m’intéresse bien d’avoir un éclairage plus précis. Surtout quand l’éclairage est donné par Zelda et Peach… ça vaut dans les nouvelles consignes sur l’apprentissage du numérique, ça, non ? on ne peut pas faire un EPI sur « comment tout défoncer à Mario ? »

    1. Cherche à comprendre la vie !

      Est-ce que vous pourriez développer quand vous dites que ces idées sont irréalistes ?
      Pour ce qui est de la LV2 je crois qu’apprendre une nouvelle langue est un apport essentiel pour comprendre sa propre langue. Le français est une langue complexe, très peu intuitive, et se familiariser à d’autres systèmes de langue c’est avoir une vision plus globale de ce que constitue le langage. C’est un cercle vertueux. Ca se joue d’une part sur le plan du vocabulaire : les mots appris en langues étrangères peuvent aider à comprendre des mots français, et d’autre part sur le plan grammatical : voir que toutes les langues articulent leurs phrases autour d’un noyau organisé en sujet, verbe, complément et que l’ordre ne fait pas toujours sens.
      Mes exemples sont triviaux mais au vu de ce que vous avancez, je ne crois pas qu’apprendre une langue plus tôt soit délétère au contraire.

      J’aimerai donc si vous le voulez bien que vous puissiez me répondre à ces deux questions : pourquoi ces propositions vous paraissent irréalistes ?
      et pourquoi rejeter la LV2 en 5ème ?

      Je ne suis pas vraiment dans le milieu de l’enseignement et encore étudiant donc le but n’est pas d’ouvrir un débat houleux mais vraiment d’aller au bout des arguments pour avancer 🙂 !

      1. Anne de Toulon

        On sait qu’apprendre une langue très tôt permet de mieux l’assimiler, oui. Mais encore faut-il qu’elle soit apprise correctement. (donc demander, par exemple, aux professeurs des écoles dont la plupart ne sont pas formés pour ça, d’initier les élèves à l’anglais, par exemple, c’est aberrant. Faire intervenir en primaire des professeurs d’anglais formés, oui, pourquoi pas. Mais c’est très peu fait, faute de moyens.)
        Faire intervenir les langues en cinquième, ça semble une bonne idée sur le papier. Mais je crois bien (et là encore, je ne veux pas dire de bêtises, monsieur Samovar me corrigera) que le nombre d’heures allouées au total sur le cycle cinquième-quatrième, ne sera pas (ou pas suffisamment) augmenté. Au total, donc, dans leurs années de collège, les élèves auront commencé plus tôt une langue, mais n’auront pas eu plus d’heures de pratique. En plus, les établissements auront liberté pour répartir les heures. Ils pourront choisir de mettre 2h en 5è et 4h en 4è. Quid d’un élève qui change d’établissement entre les deux et tombe dans un établissement qui aura réparti autrement (4h en 5è et 2h en 4è, par exemple) ? et bien cet élève n’aura eu en tout que 4h au lieu de 6h par semaine sur le cycle…
        Qui plus est, rien n’est prévu pour que les profs de langue puissent enfin travailler dans de bonnes conditions d’apprentissage : la plupart de mes collègues en collège tournent à 28-30 par classe, et la nouvelle réforme ne changera rien à ça. Imaginez 28 gamins de collèges, avec 55 minutes de cours basées sur l’oral, et ça donne une petite idée de la manière dont ils pourront intégrer vraiment la langue…
        Enfin, et c’est surtout ça qui me fait bondir dans cette idée, et dans toutes les autres, d’ailleurs : c’est bien joli, tous ces projets (EPI – qui n’est qu’une vieille idée, les IDD, qu’on ressort, et qui n’avait pas fonctionné la première fois…), les langues plus tôt, etc., mais où va-t-on trouver les heures ? on ne va pas rallonger les journées des élèves. Donc ces heures vont être prises ailleurs. Sur, par exemple, les cours de français. Pendant lesquels on apprend la grammaire, l’orthographe, des choses un peu essentielles pour comprendre sa propre langue et la maîtriser. Or, ce n’est pas pendant les EPI que les minots apprendront ça. Actuellement, on sait (c’est un constat objectif, fondé sur les tests qu’on fait passer aux enfants) que 20% à 25% des élèves de 6ème ne savent pas lire (ils déchiffrent, mais ne comprennent pas bien ce qu’ils lisent et sont incapables de restituer). Quand je corrige mes copies de seconde, je constate qu’aucun, et je dis bien aucun, de mes élèves n’est capable d’écrire une copie sans fautes (et quand je dis « sans », c’est à dire en dessous d’une dizaine de fautes pour un recto-verso, c’est acceptable). Des fautes de sens : confondre « sait » et « c’est », « sa » et « ça », écrire « tristent » au lieu de « tristes » (si si !). Donc peut-être faudrait-il commencer par s’assurer que les élèves maîtrisent les bases du français avant de leur apprendre une autre langue, non ? On ne peut utiliser une autre langue pour mieux comprendre la sienne que si les bases sont là. Comparer deux systèmes linguistiques pour saisir les subtilités du sien propre, implique d’abord qu’on reconnaisse un verbe d’un nom, dans sa langue maternelle…
        De plus, et là, je m’appuie sur le constat de bien des collègues de langue, tous les élèves ne sont pas forcément capables de maîtriser, d’apprendre une langue étrangère, a fortiori deux. Justement parce que, bien souvent, ils ne savent pas écrire et lire le français. Et on continue à obliger des gamins qui rament déjà pour apprendre les fondamentaux, à apprendre deux langues. Pourquoi ne pas rendre la LV2 optionnelle ? Pourquoi ne pas rendre obligatoire la maîtrise des bases avant de se lancer dans autre chose ?
        Bon, je m’arrête là avant de repartir dans mon énervement sur le collège unique (échec s’il en est, et qui n’est absolument pas remis en cause par la réforme) et j’attends avec impatience les prochains billets de monsieur Samovar, qui vous expliquera plein d’autres choses sympas sur le fonctionnement actuel du collège et la réforme qui s’annonce. J’espère avoir clarifié mon idée, et que vous saisissez mieux pourquoi je qualifie ces mesures d’irréalistes…

      2. Cherche à comprendre la vie !

        J’entends tous vos arguments et effectivement rien ne semble constituer une réelle avancée, rien ne semble réalisable, rien ne semble aller dans le bon sens … j’aime être optimiste mais je n’ai ni les outils ni l’expérience pour juger objectivement de la légitimité d’une telle réforme. Vous n’y voyez vraiment rien de positif ? Rien qui puisse faire avancer quoi que ce soit ? Il s’agit simplement d’une démarche machiavélique du gouvernement pour faire des économies sur le dos de l’éducation ?

  2. H. Samovar

    Merci pour la relecture ! (il faut que j’arrête de reformuler mes phrases, ce qui occasionne trop souvent ce genre d’horreurs)

    L’idée est vraiment de donner des bases à un public qui n’a pas forcement le temps de se lancer dans la lecture précise et détaillé des divers arrêtés concernant cette réforme. Les deux articles suivant iront un peu plus en profondeur (nos deux vaillantes reporters se sont d’ailleurs lancées dans la confection de scaphandres).

    SI vous souhaitez davantage d’information après cette mise en bouche, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce site, remarquablement précis et informé : (et non, je n’y ai eu aucune part 🙂 ) http://www.reformeducollege.fr

    A bientôt !

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