La réforme du collège, épisode 2

Résumons.

Dans l’épisode précédent, nous nous sommes penchés sur ce qui agite le monde de l’Éducation Nationale actuellement : la réforme du collège 2016. Maintenant que nous savons à peu près en quoi elle consiste, il est temps de donner la parole aux deux camps en présence dans cette histoire tarabiscotée : les défenseurs et les détracteurs de cette loi.

Commençons donc par nous pencher sur les progrès que cette réforme se propose d’apporter au collège, en suivant les traces de nos intrépides investigatrices, Zelda et Peach.

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NB : Aucun hibou géant n’a été blessé pendant la réalisation de ce reportage. 

I. Plus d’autonomie pour les établissements

Voici comment se décide l’organisation de l’emploi du temps d’un collège. Chaque établissement dispose d’un certain nombre d’heures payées que lui remet le Ministère de l’Education Nationale et qu’il doit répartir :

– En heures obligatoires : par exemple, tous les élèves de 6ème de France doivent aujourd’hui avoir 4 heures de maths par semaine minimum.

– En autonomie (ou marge) : ce sont les heures qui restent après répartition des heures obligatoires et qui permettent de faire tout un tas d’autres choses. Par exemple les fameux clubs musique où vous vous prenez pour Beyoncé le temps d’un midi, l’aide aux devoirs (aide précieuse ou menace des parents : « Si tu ne travailles pas mieux, je t’inscris à l’aide aux devoirs, de 17 à 18h ! »)

Actuellement, ces heures d’autonomie constituent 5,5% de l’emploi du temps des élèves. La réforme du collège se propose de porter cette autonomie à 20%. En effet, les EPI (dont j’ai parlé dans le premier article) seraient compris dans cette répartition.

Dans les faits, ça veut dire quoi ?

Qu’en fonction de son public, un collège pourrait utiliser ces heures d’autonomie pour proposer des cours en petits groupes (en divisant par exemple une heure de cours à 28 élèves en 2 heures à 14 élèves chacune), créer des clubs, ou proposer différents EPI.

Du coup, le collège peut s’adapter aux spécificités de son public.

Exemple 1 : Au collège Coursevent, établissement plutôt pépère, on profite des heures d’autonomie pour créer un club costumes. 

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Retrouveras-tu Peach et Zelda dans leurs astucieux déguisements, crées au club suscité ?

Exemple 2 : Au collège Gainsborough, un brin plus difficile, les élèves peuvent profiter des heures d’autonomie pour avoir davantage de cours en petit groupe.

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Avec en plus la création de 4000 postes promise par la ministre, les petites perturbatrices auront droit à des cours avec M. Bowser, spécialiste des classes agitées.

II. Les EPI et le co-enseignement

C’est un problème objectivement reconnu dans le milieu du collège, et que j’ai déjà évoqué : les enseignants sont extrêmement isolés dans leurs salles. Il peut s’écouler des années sans qu’un regard extérieur ne se pose sur leur travail ou qu’ils ne bossent en équipe. La mise en place des EPI peut remédier à ce problème. Il s’agit en effet de mêler les discipline et de mener les heures à deux enseignants. Le bénéfice est double :

– Pour les mômes, qui verront enfin la cohérence entre les différentes matières… par exemple matérialiser une pyramide maya dans un EPI maths-histoire, ça a quand même plus de gueule que de la voir bêtement dessinée dans un livre d’Histoire. Et que savoir multiplier, soustraire et proportionnaliser (oui, je sais que ça n’existe pas), ça peut aider à faire en sorte que, du haut de ces monuments, 40 siècles nous contemplent plutôt qu’ils nous tombent sur la tronche.
Les matières dites « secondaires » telles que l’EPS, l’Education Musicale et les Arts Plastiques (chez nous on appelle ça « matières de bas de bulletin », je vous laisse imaginer l’ambiance), peuvent bénéficier de l’aura d’une matière « importante » en EPI, tandis que le français, ce vieux truc chiant, aura tout de suite l’air plus fun si on l’étudie dans la salle de musique.

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– Pour les profs. Parce que, mine de rien, bosser à deux, c’est vachement formateur. On en apprend davantage, non seulement sur ses collègues mais également sur soi-même et sur la classe qu’on a en face de soi. Qui sait, peut-être les monstres de 5ème Pampa sont peut-être adorables en Histoire-Géo devant l’évocation de Charles Quint ou en EPS, quand on les fait participer à un tournoi de handball (c’est une blague hein. Les Cinquième Pampa sont TOUJOURS pénibles).
Être prof consiste à se former en permanence. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est notre lettre de mission. Et avoir le privilège de pouvoir bosser avec des collègues que l’on a choisi – car il y a toutes les chances que les projets qui se monteront se fassent aussi par affinités – me semble extrêmement bénéfique pour notre progression.

Je pense enfin aux jeunes collègues, balancés dans le boulot avec une formation qui, ne nous voilons pas la face, est loin d’être suffisante. Faire ses premiers pas dans la jungle de l’enseignement avec un collègue plus expérimenté capable d’un regard critique et bienveillant sur ses cours, est une chance.

De fait, peut-être les visites des inspecteurs, souvent vécues comme de véritables traumatismes, seront-elles moins pénibles : il ne s’agira jamais que d’un intervenant de plus dans la salle de classe.

III. Un collège un peu plus humain

Je me rappelle d’un chef d’établissement parlant du « petit confort » des élèves et des enseignants. Je ne pense pas qu’il existe de « petit confort » dans une journée au collège qui, malgré tout ce que l’on peut dire, représente une sacrée épreuve mentale (reste concentré 6 heures quand on t’assène des savoirs totalement hétéroclites) ou physique (reste assis à nouveau 6 heures… ou debout, d’ailleurs, si tu es prof). La proposition d’une heure et demie de pause dans tous les collèges semble cohérente, évitant des situations assez croquignoles durant lesquelles des élèves pratiquant des options sur le temps de midi, par exemple, dispose royalement d’un quart d’heure pour manger (une demie heure en théorie, mais bon, il faut sortir de cours, faire la queue au self et bêtement absorber les aliments.) Je vous laisser imaginer l’après-midi…)

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Attention les enfants, ne courez pas avec une épée comme Monsieur Link, sauf si vous êtes un héros légendaire avec un bonnet ridicule.

De la même façon, inviter les élèves à s’impliquer davantage dans leur scolarité par le biais de diverses instances peut être une excellente façon de lutter contre le « clientélisme » dont de nombreux enseignants souffrent : des élèves passifs, qui attendent que le collège leur apporte tout ce qu’ils souhaitent : savoir, orientation, voyages… Impliquer les mômes, leur faire comprendre que tout ne va pas de soi est essentiel.
Cela vaut également pour la famille. La mise en place d’un livret scolaire numérique facilement consultable ne réglera bien entendu pas tous les problèmes mais améliorera peut-être le suivi qu’on les parents de la scolarité de leurs enfants. Tout ce qui implique les responsables d’un môme dans ses apprentissages est bon à prendre.

Voici les points qui paraissent les plus bénéfiques dans cette réforme du collège. À nouveau, tant qu’elle n’a pas été appliquée pendant un certain temps, il sera difficile d’en mesurer les effets. Cependant, il semble que plusieurs points vont dans le sens de l’intérêt tant des élèves que des enseignants et des parents… Mais hélas, les inconvénients de cette loi pointent leur museau depuis un bon moment et il est temps de les examiner… Au prochain épisode !

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Références (les sites géniaux et moins géniaux m’ayant permis de bâtir cet article) :

– Le site de l’Education Nationale

– Un site très complet et très critique sur la réforme du collège

Le site de l’Express

– Le site du syndicat SE-UNSA, syndicat en faveur de la réforme

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