Lundi

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Demain, nous serons lundi 19 octobre 2015. À une heure où j’avais prévu de continuer à décaniller du monstre virtuel, un filet de bave aux lèvres et revêtu d’un T-shirt gris approximatif (je pense que la classe des héros de jeux vidéo est inversement proportionnelle à celle de leurs joueurs), je serai les fesses sur une chaise, à assister à une formation sur la réforme du Collège 2016.

Une formation optionnelle.

Une formation rémunérée. (Cinquante-quatre euros, très exactement. Ils me serviront à acheter Persona 4 Dancing All Night et deux paquets de litière pour lapin, si vous voulez savoir).

Avant que quelques bonnes âmes contactent le service d’exorcisme le plus proche, je m’explique.

Il n’aura pas échappé aux esprits perspicaces que la réforme du Collège dans son ensemble ne me convainc pas particulièrement. Si elle institutionnalise des aspects de notre métier qui restaient dans l’ombre (en particulier le travail interdisciplinaire), l’obligation d’user d’outils peu adaptés, la disparition programmée du latin ou encore la grosse bouillasse que deviennent les programmes d’EPS me font froid dans le dos. Mais je radote.

J’ai une certitude : la réforme sera appliquée l’année prochaine. Les mouvements sociaux à venir permettront au mieux des ajustements, mais les quelques réunions auxquelles nous avons eu le droit à Ylisse ne laissent aucun doute : les jeux sont faits, seules les modalités d’application sont encore sujettes à changement. J’en ai fait la tronche pendant deux semaines en buvant de la verveine, un livre de Lautréamont à la main.

Le Ministère de l’Éducation Nationale, après avoir été très content d’ignorer les discrètes objection brâmées à ses oreilles s’est rendu compte qu’il serait tout de même sympathique de préciser ses attentes a donc décidé d’une série de formations, donc le bon déroulement est laissé à l’appréciation de chaque recteur d’Académie : obligatoires ou pas, concernant tous les bahuts ou non…
Or, il se trouve qu’une opération de boycott a été déclarée à l’égard desdites formations. Chose que je peux parfaitement comprendre. Demander aux profs de remettre les pieds dans un établissement scolaire pour entendre parler, une journée durant, d’une réforme dont ils ne veulent pas paraît d’une perversion dont on ne voudrait pas dans les établissements SM les plus extrêmes.

Oui mais.

Oui mais cette mobilisation m’inquiète. Car imaginons qu’elle soit un succès. À qui alors, donnera-t-on les clés de l’année prochaine ? À ceux qui croient déjà aux nouvelles consignes ministérielles. Ce sera eux, et uniquement eux, qui mettront en place l’année prochaine. Eux, et uniquement eux, qui auront l’occasion, même minime, de faire entendre leur voix. L’idée n’est pas ici de créer le camp de l’Empire Galactique Belkacemien et celui de la Rébellion, bien au contraire, mais d’énoncer un fait : plus que jamais, il est important d’ouvrir les yeux. De faire le plein d’informations. De poser des questions, d’aller mettre en exergue ce qui semble aller dans le bon sens, de contester ce qui semble relever du délire de haute volée.
Pour tous ceux qui ne sont pas convaincus par cette réforme, croiser les bras et secouer la tête peut paraître tentant (surtout quand tu reçois de ton bahut un mail te donnant pour devoirs de vacances de lire les nouveaux programmes : coefficient d’infantilisation + 300000).

Il n’empêche. Qu’en septembre 2016, nous serons devant des mômes. À des conseils d’administration, à des réunions pédagogiques, qui détermineront comment se passera l’année (et très probablement les années) à venir. Et que nous ne pourrons faire notre boulot qu’en comprenant exactement en quoi consistent les changements qui débouleront dans notre boulot. Que ce soit parce qu’on tient à réussir son EPI ou qu’on veut continuer en douce à enseigner les philosophes des Lumières en 4ème (comment ça ? Le chapitre a disparu du programme ? Sais pas. Pas au courant).
Informons-nous. Pour ne pas être pris au dépourvu, pour ne pas devenir les pions, volontaires ou pas, de consignes derrière chacun voit ce qu’il souhaite : une logique pédagogique, comptable, destinée à invoquer Cthulhu…

Lundi je tenterai de faire du sens avec ce qui nous sera dit, de sauver les fragments sur lesquels je suis d’accord à 100%, de mal interpréter ceux qui me flanquent de l’urticaire (c’est un talent qui vient avec le temps : aujourd’hui, oui, je peux parfaitement justifier mon étude détaillée des Anges pleureurs devant un inspecteur.)

Ne nous bouchons pas les oreilles, ne boudons pas dans un coin. Parce que ça voudrait dire qu’on n’y croit plus. Parce qu’alors on deviendrait vraiment le camp des pour, le camp des contre. Foutons-nous sur la gueule parce qu’on y croit et que franchement, il y a des collègues qui refusent tout ce qui vient d’en haut, parce que ces EPI sont le terreau de l’inégalité, parce qu’ils sont une chance inouïe pour nos élèves, parce que les langues anciennes sont en danger.

La seule attitude que nous ne nous pardonnerons jamais est de faire comme si la réforme du Collège 2016 n’existait pas. Elle est là. Soyons-le aussi.

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2 réflexions sur “Lundi

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