Comment survivre à une réunion de formation sur la Réforme du Collège

(Cet article est dédié au Tapir à rayures.)

6h20 : La sonnerie de mon réveil m’arrache à un rêve mettant en scène Sigourney Weaver et une douzaine de pancakes. Alors que je me maudis d’avoir oublié de déprogrammer la diabolique machine durant les vacances de la Toussaint, je me rappelle que ma conscience professionnelle et mon masochisme m’ont poussés à accepter la réunion dont j’ai parlé en termes éloquents ci-dessous. C’est marrant comme le lyrisme s’évanouit quand on ne sait pas vraiment où se trouve son visage au petit matin.

7h45 : Je prends le métro en essayant d’ignorer le vol de corbeaux qui ricane autour de moi.

8h45 : Arrivée sur les lieux de la formation avec un collègue que j’ai réussi à convaincre de m’accompagner et que, pour garantir son anonymat, nous appellerons Nightwing, qui est quand même le sidekick le plus classe de Batman. (non, ça ne fait pas de moi Batman. Ou alors celui joué par Adam West.)

Adam-Batman-West

Nous sommes dans un grand lycée propre des environs de la capitale, à côté duquel notre collège fait figure de cabane à jardins. Nous émargeons, afin de toucher les délirantes indemnités auxquelles cette formation nous donne droit et nous installons dans l’amphithéâtre qui pourrait assez facilement accueillir une version live de Starmania, avec danseurs et effets pyrotechniques.

9h00 : Début du séminaire, avec tout un tas d’Inspecteurs d’Académie de différentes matières. On commence par nous rassurer pendant un bon quart d’heure : non, nous ne devrons pas prêter allégeance à la réforme du collège, non, on ne nous ne lavera pas le cerveau. Promis juré craché. Croix de bois croix de fer. Alors que je m’inquiète de l’insistance un peu dérangeante avec laquelle cette promesse est réitérée, la présentation commence.

9h30 : Beaucoup de temps passé sur ce que la réforme n’est pas : elle n’est pas un outil de flicage des enseignants, elle n’est pas faite pour établir une compétition entre les établissements, elle n’est pas un chamallow rose. Par contre, oui, tente de glisser l’intervenant en espérant que ça passe, elle est le fruit d’une réforme économique, il faut que 60% des élèves sortent du système scolaire avec un diplôme « du supérieur » qui servira « dans la vraie vie ». Je sens mes crocs pousser à l’évocation de cette « vraie vie » en me demandant ce qu’on va bien pouvoir leur apprendre au-delà des trois B dont parle David Lodge dans ses romans (Bouffer, se Battre et Baiser). Erreur de débutant, on choisit ce moment pour laisser le micro au public lors d’une séance de questions.

10h10 : Évidemment, ça ne se passe pas dans l’apaisement le plus total, et Nightwing décrète qu’on a bien fait de venir quand un collègue se lance dans un vibrant plaidoyer anti-réforme, devant le téléphone portable de son pote. Arguments justes, mais l’un des inspecteurs lui rappelle en se drapant dans la toge de la dignité républicaine que nous sommes des fonctionnaires, chargés de faire appliquer une loi parue au BO. Déloyal mais imparable. Et du coup, coupant l’herbe sous le pied de pas mal d’intervenants du public.

11h00 : On nous déroule les nouvelles grilles horaires du collège : les 6èmes auront 6 heures de cours maximum par jour, les 5èmes, 4èmes et 3èmes 7 heures. Révolution totale.
Devant le peu de réactivité de l’auditoire, l’oratrice en profite pour « apaiser » les inquiétudes sur le latin : il existera FORCÉMENT dès la 5ème sous forme d’EPI (donc en collaboration avec une autre matière obligatoirement) et on pourra négocier un volant d’heures avec le chef d’établissement, si suffisamment d’élèves sont intéressés. Les ricanements dans l’audience sont perceptibles. Je me déhanche tel Donna Summers afin de demander la parole et de poser cette simple question : comment, par Jupiter, négocier lesdites heures avec le chef d’établissement si ON NE SAIT PAS en début d’année combien d’élèves se déclareront intéressés, forcément UNE FOIS que l’année aura commencé. Parce que bon, il me semble que la répartition horaire a lieu quelques mois avant le début des cours. En général.
Au sujet des EPI, une prof-documentaliste demande comment elle peut rejoindre ces projets, étant donné qu’elle ne dispose pas d’heures de cours. Échange de regards gênés : « Ben faudra voir avec des collègues qui voudront bien donner un peu de leurs heures. » Portant ainsi un splendide coup fatal au discours précédent qui assurait que les EPI ne « prenaient » d’heures à personne.
Je me dis que les EPI seraient nettement mieux acceptées si on arrêtait de nous prendre pour des débiles et qu’on reconnaissait que OUI, ça va nous compliquer la tâche d’un point de vue disciplinaire et que OUI il va falloir que nous nous réorganisions autrement dans nos façons d’enseigner mais que c’est possible, exemples concrets à l’appui si possible. Là, on a le droit à un flot de dénégations surréalistes du type « Mais vous ferez le programme EXACTEMENT comme avant. »
Moi qui espérait que cette réforme nous lâcherait au moins un peu la grappe avec les programmes…

11h45 : Ça transpire face à nous. Sous le feu des questions – qui coordonnera les EPI, comment se réunir entre enseignants du primaire et du secondaire, les compétences sont-elles encore d’actualité – les intervenants font défiler le Power Point à toute vitesse, dans un sens, dans l’autre, à la recherche de réponses. Et marmonnent l’antienne « On y reviendra. » quand les renseignements manquent, ou même « C’est encore à l’étude, mais ne vous en faites pas on a laaaargement le temps, on n’est qu’en octobre. »
Certes.
Mais ne pas être sûr des modalités d’une réforme qui va changer en profondeur le fonctionnement du collège, ça ne me semble pas être laaaaaaarge au niveau du temps, même si nous sommes en octobre.

Histoire de finir la matinée en beauté, une collègue TZR (ce sont les remplaçants, pour ceux qui ne parlent pas prof couramment), demande comment faire pour s’intégrer dans des projets interdisciplinaire quand on change de bahut tous les six mois et qu’on se cogne trois heures de transport par jour. La réponse selon laquelle ce genre de projet permettra au contraire une meilleure intégration dans les équipes pédagogiques ne semble pas vraiment convaincre. Ce que je comprends aisément. Je me vois assez mal me lancer dans un projet « La cuisine andalouse à travers les âges » (j’exagère à peine), alors que je ne connais pas le nom de mes élèves, les habitudes de travail du bahut et qu’on m’a appris à deux jours de la rentrée que j’allais bosser avec des Sixièmes, niveau que je n’ai pas pratiqué depuis sept ans.

Cerise sur le gateau, l’un des intervenants explique que cet argument n’est pas vraiment valable parce que « il y a quand même des TZR qui font le choix de la mobilité entre plusieurs établissements. » On siffle la pause déjeuner avant que nous ayions le temps d’entamer un atelier fourches et torches.

12h00 : Le buffet du restaurant chinois de Levallois-Perret n’est pas mauvais du tout.

13h05 : Je profite de la reprise de la séance pour tenter ma seconde question « Concernant la mise en place des projets, EPI, travail en coanimation et autres, on aura le droit à un peu de temps, pour se concerter ou on fait ça au-dessus de notre céleri-rémoulade à la cantine et après les heures de cours, en attendant le RER ? »
Je vous casse le suspens, c’est la réponse 2, hein. La mise en place du pédagogique, on se débrouille comme on peut. « Mais vous avez Google docs, maintenant, c’est super pratique ! » nous lance une adepte de la technologie.

13h30 : Attachez vos ceintures, nous entrons dans le domaine du délire total : « Je sais que, pour beaucoup d’entre vous, ça peut sembler difficile de travailler par projet. Seulement, c’est un impératif de la réforme. Du coup, on va vous expliquer comment ça marche.

La pédagogie du projet.

Comment. Ça. Fuckin’. Marche.

Je me frotte les yeux et cherche frénétiquement dans la salle une cabine téléphonique bleue ou une DeLorean. Devant l’absence de ces deux éléments (à mon grand désespoir), j’en déduis que ce n’est pas une blague, que nous ne sommes pas subrepticement passés dans les années 80 et que nous allons donc nous cogner trois heures autour de la pédagogie du projet. Le truc que tu pratiques sur une base quasi quotidienne si tu es à plus de trois mois de la retraite.

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Ni l’un, ni l’autre…

14h00 : Ok, j’ai été mauvaise langue. L’intervenante était passionnante, surtout dans sa façon de dédramatiser l’implication de nombreuses matières dans un boulot de groupe. Son exemple est impressionnant d’exigence. Prof d’Histoire-Géo, elle nous explique qu’en effet, il faut commencer par voir petit et réalisable au niveau de ce que l’on souhaite faire. Le thème que son équipe a choisi avec l’une des classes est l’esclavage, aisément abordable non seulement dans le programme d’Histoire, mais également en Lettres, à travers le texte argumentatif, en Arts Plastiques (la collègue a rédigé un mémoire sur la représentation de l’esclave à Venise) et en Maths, à travers la transposition des chiffres de la traite négrière en graphiques. Les travaux présentés ne ressemblent pas à des oeuvres d’école maternelle, il y a vraiment eu du taf, tant du côté des profs que des élèves et ce sur le long terme. La salle éclate en applaudissements.

Je regrette uniquement l’absence d’indicateurs précis pour montrer à quel point les mômes s’épanouissent davantage dans cette pédagogie que dans une autre. Qui plus est, il est évident que ce projet est né d’une équipe soudée, qui a pu travailler sérieusement, et sans être contrainte par des considérations du genre « Oh mon dieu nous n’avons pas encore mis en place l’EPI Santé et Citoyenneté, vite vite vite, pondons un truc sur un coin de table ! » Mais au moins, j’ai repris confiance en la journée, qui va très certainement bien se conclure.

15h00 : Enfer et Damnation. On est en train de nous expliquer que réaliser un potager ou organiser une collecte de sang, c’est grave de l’interdisciplinarité et que ça ne peut qu’être bénéfique aux élèves. « Pas besoin d’un but précis, ça peut partir d’une envie des enseignants ! Du moment que vous travaillez ensemble ! »
Je suggère à Nightwing l’organisation d’un festival de musique Grunge ou un tournoi géant d’Hearthstone. Après tout j’en ai vachement envie. Je m’aperçois que mon valeureux collègue est en état de mort cérébrale imminente et lui propose, pour préserver nos quelques neurones restant, la rédaction d’une histoire commune, mettant en scène Nadine Morano, un tigre du bengale, Jacques Séguéla et Cthulhu.

16h00 :

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Oui, l’écriture qui vous donne envie de vous arracher les globes oculaires est la mienne.

Pour conclure :

D’accord j’ai la dent dure. D’accord cette réforme ne me convainc que très moyennement. J’espérais cependant qu’une réunion rémunérée et organisée sur un temps de vacances scolaire arriverait avec des arguments canons et précis. Que je reviendrai sur certaines de mes craintes les plus caricaturales. C’est exactement l’inverse qui s’est passé.

Je le répète donc : oui, la pédagogie de projet peut déboîter, elle est un outil fantastique, pour peu qu’elle ne soit pas appliquée systématiquement et bêtement. Non, cette réforme ne fonctionnera pas en l’état parce qu’elle n’est tout simplement pas prête. Se rabattre sur les clichés éculés du « savoir qui doit être utile » montre à quel point les arguments avancés sont faibles.

Mais malgré tout j’espère. Que les applaudissements lors des interventions les plus réussies amèneront aussi les organisateurs de ces interventions à réfléchir. Que les moments de prêche si mal accueillis mèneront à une réflexion. La seule chose que les enseignants puissent faire durant ces quelques mois où « on est laaaarge » est d’impressionner nos supérieurs hiérarchiques. Par ce qu’on met en place, par ce qu’on propose. En espérant que, d’une façon ou d’une autre, nos méthodes de travail remonteront à leurs oreilles, et feront partie des ajustements qui doivent encore être faits dans cette foutue réforme. Pari risqué, ridicule.

Mais bon, on est profs. C’est pas comme si on avait peur de l’impossible.

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24 réflexions sur “Comment survivre à une réunion de formation sur la Réforme du Collège

  1. Amandine

    Merci de dédramatiser cette f*cking réforme qui tourne franchement à la crise de nerfs. Et merci pour les dernières infos sur les envies des enseignants, la pédagogie de projets et tout et tout : perso, je manque de temps pour préparer mes vacances au Canada : je vais donc faire un EPI Français-Anglais-Math « Trouver le meilleur vol à prix pas cher. » Et faites gaffes les gosses, c’est noté, hein, celui qui me dégote un Paris-Montréal à moins de 600€ validera sa pastille verte du socle de compétences transversales interdisciplinaires. Allez, zou, au boulot.

    1. Verolou

      A propos de l’intervenante de 14h, effectivement, le projet est intéressant, mais un EPI est censé durer un semestre ou une année, non ? Je ne suis pas sûre que le projet en question puisse remplir tout ce temps. Ok on peut étudier plusieurs textes en Français, plusieurs documents en HG et plusieurs images en Arts plastiques, on pourrait même ajouter de la musique avec Nabucco, mais pour les Maths, j’ai dû mal à voir comment « remplir » plusieurs heures avec des graphiques. Sans doute parce que je ne suis pas prof de Maths, mais même en Français, je ne vois pas comment tenir un semestre rien que sur le thème de l’esclavage. Peut-être n’ai-je pas assez d’imagination ou ne suis-je pas encore convertie à la pédagogie de projet… Et concrètement, comment ça se passe, les 4 professeurs sont présents à chaque fois et payés une heure chacun ? Est-ce qu’ils se partagent l’horaire, une semaine pour l’un, une semaine pour l’autre ? Et comment sont-ils payés dans ce cas ? J’ai vraiment du mal à comprendre comment ça peut être mis en place. Mais je n’ai pas encore eu la fameuse formation donc peut-être que les réponses arriveront pour lever mes inquiétudes, mais je n’y crois guère.

    2. Flomi

      Oui, mais ca ne va pas marcher, on a dit DEUX disciplines. Si on commence à dilapider les heures en sortant du cadre, y’en aura plus pour le latin…

  2. Bonjour M. Samovar,

    « Arguments justes, mais l’un des inspecteurs lui rappelle en se drapant dans la toge de la dignité républicaine que nous sommes des fonctionnaires, chargés de faire appliquer une loi parue au BO. Déloyal mais imparable. Et du coup, coupant l’herbe sous le pied de pas mal d’intervenants du public. »

    Dommage que cela ait suffi car cet argument ne me semble pas tenir la route une minute. Ou alors je n’ai pas connaissance d’une loi ou d’un décret qui nous obligerait à approuver une réforme près d’un an avant son application.

    Il faudrait ajouter qu’une telle loi / qu’un tel décret nous contraindrait curieusement à nous intéresser à nos élèves futurs au détriment de ceux que nous avons effectivement en responsabilité cette année scolaire en cours…

    Bonne vacances après cette épreuve…

    Un collègue (de LM), vent-debout contre les nombreuses stupidités de cette réforme (ne serait-ce que l’obligation de mode projet sans que ce terme soit seulement défini), et contre l’absence assez effarante de dialogue avec ce ministère (voir son refus méprisant de seulement recevoir personnellement l’intersyndicale ces jours !)

    PS: Je serais assez intéressé par l’exemple donné par l’intervenante de 14h (que c’est poétique).

    1. H. Samovar

      Pour commencer par la fin, j’ai édité l’article afin de résumer sommairement l’intervention de « l’intervenante de 14h » (je ne l’appellerai plus autrement désormais.).

      Concernant le rappel à notre rôle de fonctionnaire, je suis d’accord sur l’ambiguïté de l’argument. En gros, on nous demande d’appliquer une loi voté mais dont les modalités sont au mieux floues et au pire inconnues. Le fait de jouer sur cette imprécision m’agace autant que vous, mais sans vouloir verser dans la théorie du complot à la X-files, je suppose que c’est voulu.

      1. Vicentito

        Juste une précision: cette « loi » n’en est pas une. C’est un décret et un arrêté. Ces textes n’ont pas été votés mais simplement signés par la ministre. Ce ne sont que des textes réglementaires qui pourraient être retirés aussi vite qu’il ont été signés. Merci, en revanche, pour cette bonne « poilade » à la lecture de votre article qui ne fait que confirmer tout ce que je pensais déjà. Pédagogie de projet, super! Interdisciplinaire, pourquoi pas mais pas n’importe comment. Cette réforme: poubelle!

  3. GRILLY Marion

    Merci pour votre texte, c’est génial d’avoir pu glisser dans ce séminaire un oeil et une oreille objectifs ou en tout cas pas complètement soumis à l’esprit de cette réforme ! Continuez s’il vous plaît !

  4. Campion Isabelle

    Merci! On a pas attendu cette réforme pour faire des projets interdisciplinaires, c’est sûr, mais les contraindre c’est juste les vouer à l’échec et obtenir l’effet inverse de ce qui est souhaité. Mieux vaut du bon »vieux » disciplinaire que de l’interdisciplinaire mal foutu et forcé… On va à la catastrophe pour les plus en difficulté, c’est sûr!

  5. Rires à la lecture de cet article : c’est le style qui en est la cause, la façon de raconter, parce que, pour le reste, y a de quoi pleurer.
    On s’y croirait (moi, dans le rôle de celui qui est en état semi-comateux au bout de peu).
    Un bémol dans le « sursaut d’enthousiasme » (!) du paragraphe final : je ne crois pas une seconde « que les moments de prêche si mal accueillis mèneront à une réflexion ». L’huile du ministère, comme le ministère, d’ailleurs, est incapable de réflexion critique. La seule chose qu’on peut attendre d’elle est qu’elle se dise (comme depuis quelques années dans pareil cas) qu’on est tous des crétins et qu’elle doit faire, à notre égard, effort de « pédagogie » (lire propagande).
    Monsieur Samovar, je m’en vais suivre votre prose

  6. Le Mô Sophie

    A la lecture de votre blog, j’ai été agacée car c’est quand même sous condition de volontariat que l’on devait se rendre aux séminaires d’automne ( nom donné au formatage dans l’académie de Poitiers, sic ! ), cependant cela a le mérite de nous montrer de l’intérieur ce qui s’y est dit afin de mieux contrer l’administration et les formateurs formatés qui ( essaieront ) de nous formater à la rentrée dans nos collèges.
    Autre chose : le super EPI qui a suscité des applaudissements, ne pourra pas être fait l’année prochaine : on ne pourra pas faire d’EPI à plus de 2 intervenants. Si 4 matières sont sollicitées, elles seront ponctionnées, sans que les 4 profs ne puissent intervenir. Il n’y aura pas assez de marge ( 2h45 ) pour financer cette quadruple intervention ! C’est infaisable; cette réforme.
    Et puis le coup des statistiques froides et mathématiques sur le nombre d’esclaves dans un bateau négrier, c’est glaçant. Pour filer la métaphore paponesque servie à l’envi ( et par votre IPR), on voit ce que ça a donné la science sans conscience durant le régime nazi… C’est dit ! Salut et liberté camarade ! Tenons bons, et merci pour votre article quand même ( sans ironie aucune )

    1. H. Samovar

      Bonjour !

      Les raisons de ma venue à ce séminaire sont énoncées dans l’article précédant celui que vous avez lu. Je préfère encore savoir à quelle sauce je vais être mangé, plutôt qu’on me pousse dans le chaudron et que je m’en rende compte une fois que je serai en train de patouiller dedans. (ce paragraphe mérite le prix de l’analogie foireuse)

      Concernant le travail qui a été proposé, il ne s’agissait pas d’un EPI, mais d’un projet. C’est la raison pour laquelle j’ai halluciné en début d’après-midi. Autant j’ai adoré l’idée, autant il ne s’agissait absolument pas d’une préparation à la réforme.

      Quant aux statistiques, j’ose croire (mais je suis un grand naïf) qu’on a pas balancé ça tout de go aux mômes et qu’il y a eu un minimum d’encadrement par la collègue d’Histoire-Géo.

      Merci de votre passage et de vos commentaires !

  7. Beaujour Viviane

    Très très intéressant et très courageux. Merci d’avoir passé de ton temps pour nous dire sur un ton léger et ironique ce qui nous attend dans les réunions des réunions qui préparent les réunions des réunions sur la réforme… Ma principale est secrétaire du syndicat majoritaire chez les principaux et nous en fait voir de toutes les couleurs. Le fond de cette réforme, dont son syndicat est à l’origine, est de mettre au boulot ces feignasses de profs, 25 heures de présence dans l’établissement, un contenu vide qui aura le mérite de ne mettre aucun élève en échec (on aborde que ce qui est »utile », donc on se met à la portée de l’élève en ciblant ses centres d’intérêt (dommage ce ne sont pas toujours les nôtres!!!) et en vidant de l’essentiel les matières. Je caricature, mais je pense que les objectifs à moyen terme sont absolument terrifiants. Les profs seront des gardes chiourmes, dernier bastion contre la violence latente qui couve dans de très nombreux établissements.Mais comme on sera plus flou sur les évals, plus flous sur les contenus, la tension des familles et des élèves sera moins palpable. Du coup moins de vagues, moins d’incidents…Mais plus de cancres, et cette fois ci légitimés par le système…
    Un système à l’anglais:une société toute entière tournée vers le service. Tant pis pour les métiers de la terre ou l’industrie…

  8. Matthieu Huck

    Bonjour,

    Je suis la personne qui a fait le « vibrant plaidoyer anti-réforme » de 10h10 (filmé pour me protéger).

    La réponse « Je suis agent de l’Etat, j’applique la loi » est la réponse qui m’est faite depuis que je fais ce genre d’interventions, environ 7-8 ans, depuis le passage aux compétences.
    On sait de quel côté aurait été cet inspecteur pendant l’occupation et on voit bien que l’esprit critique n’est pas si souhaité que cela… Mais ce n’est pas grave, il n’avait pas intérêt à ouvrir de débat sur le fond de la réforme car je doute que lui-même le connaisse.

    Le but de cette réforme, comme de toutes les réformes depuis au moins 2005 est de faire entrer la logique d’entreprise dans l’éducation nationale (qui n’est plus de l’instruction, ni de l’éducation mais qui devient (je cite le DGSCO qui nous a fait l’introduction) « de la formation et de la qualification »…

    Pour preuve, lisez les compétences et micro-compétences remplies des mêmes termes que ceux souhaités dans les entreprises. Et d’ailleurs, Ô miracle, je vous donnes quelques termes pris à la volée lors de la présentation de la pédagogie de projet (celui sur le don du sang) : communiquer, faire un planning, utiliser un tableur, gérer l’occupation de locaux, accueillir, pointer et guider des personnes, distribuer une collation, travail sur le SMS, AUTONOMIE, proposition, utilisation du NUMÉRIQUE, ADAPTABILITÉ, … Il ne manque plus que la flexibilité et on aurait tout !

    Merci à M. Samovar dont j’ignorais le travail pour ce compte-rendu fidèle et drôle de cette journée surréaliste.

    Sources :
    -Commission européenne, Projet Europe et éducation 2000-2010, 2010-2020 et 2020-2030, Projet Europe et formation 2000-2010, 2010-2020 et 2020-2030.
    -Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) : art.106 mettant en place les GOPÉ (Grandes Orientations de Politique Economique)
    -ERT (European Round Table)

    1. H. Samovar

      Merci pour votre commentaire et pour l’explication quant à l’utilisation du téléphone, j’avoue ne pas avoir compris sur le moment… pas plus que le commentaire de l’intervenant d’ailleurs.

      Merci également pour les références (je rêve d’un véritable corpus sur les différents aspects de la réforme et voilà un point de départ plus que conséquent)…

  9. Quelques petites réponses rapides après avoir lu les commentaires :
    – un epi pourra tout à fait se dérouler sur un trimestre
    – on pourra tout à fait encadrer des epi à quatre enseignants pour croiser quatre matières. Les interventions (et donc l’utilisation de marges) pourront être par exemple en quinzaine.
    Le texte est suffisamment souples pour imaginer toutes les possibilités à partir de notre projet d’enseignement (et c’est bien là l’essentiel).
    Et surtout on peut mettre en oeuvre une organisation simple. Nous testons cette année.

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