Le travail libère, surtout dans l’école publique

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Quand j’étais petit, je voulais être magicien.

Même que je m’étais fabriqué la panoplie, baguette, chapeau et tout. Mais bon, JK Rowling, n’avait pas encore écrit Harry Potter, du coup, la chouette devant m’amener ma lettre d’admission à Poudlard n’est jamais arrivée.

Qu’à cela ne tienne, j’ai ensuite opté pour archéologue, mais ce petit gougnafier d’Indiana Jones n’a rien fait qu’à aller chercher les reliques que j’aurais voulu trouver. Et ça c’est franchement dégueulasse. Indiana Jones a détruit ma vocation professionnelle.

Du coup, j’ai pris le parti de ses adversaires et je suis devenu un nazi.

Si si.

Même que ça n’est pas moi qui l’ai dit en premier : c’est Valérie Pécresse.

Parce que hier, Valérie Pécresse parlait devant des membres de la Manif pour Tous. Pour ceux qui ont la louable habitude de trier les informations utiles des autres, je vous rappelle que la Manif pour Tous est cet hilarant groupe de gens qui essayent de faire coexister les clichés de l’idéologie catholique moyenne-âgeuse avec les Iphones. Des fois, on leur tend l’oreille ou un micro et ils en font n’importe quoi, genre ils te disent que le fait que deux dames ou deux messieurs puissent se marier va détruire le continuum espace-temps – j’attends toujours, soit dit en passant – ou qu’à l’école, on fait rien qu’à donner des cours d’homosexualité aux élèves.

Bref, si tu veux parler gay, fais un tour dans le Marais le samedi soir ou à un meeting de la Manif pour Tous.

Comme les politiques en campagne aiment bien parler à des gens (tu sais que c’est bientôt les élections ? Va voter. Ce que tu veux. Mais va voter, ça me fera un gros plaisir.), Valérie Pécresse, elle est allé discuter avec ces gens-là. Et évidemment, elle voulait leur dire des choses gentilles. Parce qu’elle est comme ça Valérie Pécresse : gentille. Mais le souci, c’est que dire des choses gentilles à une personne, ça veut parfois dire des choses méchantes à d’autres. Par exemple, si je dis à une enclume que je lui trouve plus de talent d’éloquence qu’à Valérie Pécresse, c’est gentil pour l’enclume, mais moins pour Valérie. Ah là là. C’est compliqué quand même.

C’est pour ça que je n’en veux pas trop à Valérie. Quand elle a dit à l’assemblée que parfois, en Ile-de-France, il y a des pauvres familles qui ne peuvent pas mettre tous leurs enfants à l’École privée et que, du coup, elles doivent faire le choix de Sophie et en mettre Roselyne (ou Wilfried-Wenceslas) dans le public.

Si si. Elle l’a dit. Tu peux prendre un lexomil et cliquer sur le lien plus haut si tu ne me crois pas.

Pour ceux qui ne connaîtraient le choix de Sophie qu’à travers une réplique de Rachel dans Friends, c’est un roman qui raconte comment Sophie, déportée dans un camp de concentration, est sommée par un médecin sadique de choisir lequel de ses deux enfants mourra dans une chambre à gaz.

Voilà voilà voilà.

En ce mercredi 2 décembre, j’ai donc eu l’heur d’apprendre que je participe à une organisation que l’on compare allègrement à un camp de la mort, sous les applaudissements de gens qui réprouvent une partie de ma manière d’être.

Alors, bon, avant d’aller préparer l’annexion d’un pays quelconque, j’aimerais quand même poser une question à Madame Pécresse : si mes souvenirs sont bons et si les cinq années précédant l’arrivée de François Hollande n’ont pas été le fruit de mon imagination fertile, il me semble que votre parti a été au pouvoir, non ? Dans ce cas, j’aimerais vous signaler que laisser un camp de concentration de la taille de l’École Publique continuer à faire des victimes, c’est quand même pas très très bien.

D’autre part, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais ce qu’il y a de bien, quand on gouverne, c’est que l’École Publique, eh ben on peut faire plein de trucs avec (pas CE GENRE de trucs, non. On a parlé des nazis, on va peut-être en rester là pour aujourd’hui HEIN ?). Par exemple, si on trouve que l’enseignement dispensé est nul, les professeurs incompétents ou les programmes incohérents, eh ben on peut mettre en place tout un tas de réforme qu’en tant que fonctionnaires, nous devront appliquer même si nous ne sommes pas d’accord. (au pire on fera un peu grève, ça fera des économies sur nos salaires et tout le monde sera content). Donc si l’École Publique est un échec, cet échec a le nom de votre politique sur la tronche AUSSI.

Pour conclure, je vais laisser le professeur de français reprendre ses droits. Cette citation n’est qu’un extrait de votre phrase complète qui était, je cite : «Quelquefois, ils (les parents) seront obligés de faire des choix de Sophie, vous savez, ces choix cornéliens, pour choisir l’enfant que vous allez mettre dans le privé.»

Madame Pécresse, j’ignore dans quel établissement vous avez suivi votre scolarité obligatoire. Mais peut-être que si vous aviez connu l’École Publique, on vous aurait parlé du Cid et de Rodrigue. Peut-être un enseignant un peu idéaliste vous aurait-il communiqué sa passion pour les grands dramaturges, que ce soit à travers une lecture du texte, des jeux théâtraux ou des activités mêlant l’Histoire et le Français. Peut-être Rodrigue et Chimène auraient-ils pris vie sous vos yeux, comme cela arrive certaines années avec quelques élèves de Quatrième. Peut-être auriez-vous compris que leur histoire pourrait être la votre et que le théâtre et la littérature, même enseignés dans des annexes d’Auschwitz, sont des belles et nobles choses. Qui ne méritent pas d’être corrompues, malaxées et transformées en sophismes – oui, je choisis ce dernier mot à dessein – pour espérer gagner quelques voies lors d’échéances électorales. Peut-être l’École Publique vous aurait-elle appris, qui sait, le sens de la mesure, ou la décence la plus commune.
Parce que c’est mon combat quotidien, Madame Pécresse, le mien et celui de milliers de mes collègues. Oh, nous ne réussissons pas chaque jour, bien entendu. Oui, nous avons nos échecs. Mais aussi nos réussites. Nos adolescents admis dans de grandes écoles, dans des universités étrangères prestigieuses ou, tout simplement, de futurs adultes qui s’épanouiront parce que nous avons réussi à leur préparer une orientation professionnelle cohérente ou que nous les avons ouverts aux infinis des chiffres, des sciences et du langage.

 

« Les mots ont un sens. » est l’une de mes phrases signatures. Une de celles que, je l’espère, mes élèves finissent par comprendre, à force d’explications patientes. Si cela vous tente, je vous invite à nous rendre visite au Collège Ylisse, parce que nous, on n’a plus le droit de sortir. Je m’engage à ce que l’agente à la loge ne vous couse pas d’étoile jaune sur la poitrine et à ce que vous puissiez ressortir avant une Libération par des alliés.

Promis juré.

 

 

(EDIT : Bon, je vous ai infligé ça pour rien : la méga-talentueuse Klaire a déjà répondu à Valérie Pécresse. C’est plus clair, plus drôle et plus concis. Mais je vous mets le lien à la fin parce que je suis cruel et que je veux vous infliger ma prose d’abord. Mwahaha)

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