Microsoft, Amazon, l’Éducation Nationale et les Princesses

Lecteur que j’aime d’amour,

Parmi les polémiques qui agitent régulièrement le monde de l’Éducation Nationale, ressurgit régulièrement, tel le monstre du Loch Ness, la question du partenariat entre École et entreprises privées. Ces derniers mois, deux événements importants sont venus verser de l’huile (voir du kérosene, ce qui risque de donner un sale goût aux saucisses) sur le barbecue de cette dispute :

  • Tout d’abord, l’Éducation Nationale, représentée par sa Ministre Najat Vallaud-Belkacem a signé un accord avec Microsoft, afin que la société mette a disposition des élèves et des enseignants logiciels et formations.

 

  • D’autre part, Amazon, la société qui transforme tes cauchemardesques courses de Noël en un simple week-end peinard à cliquer devant ton ordi a également proposé au réseau Canopé (en gros les CDI des profs) des ateliers permettant la mise en place de contenu pédagogique grâce à son fameux système d’auto-édition Kindle Direct Publishing.

 

Je dois avouer que ces deux idées m’ont laissé perplexe. Mais plutôt que de me lancer dans une longue dissertation aride sur le sujet, je préfère laisser la main sur cette enquête à deux collaboratrices de longue date : les Princesses Peach et Zelda.

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Pour cette délicate investigation, elles seront également accompagnées par Palutena, déesse de la lumière (que le lecteur qui me l’a offert soit remercié à jamais).

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Or, donc, qu’est-ce que c’est que tout ce bazar ?

Il convient tout d’abord de faire un rapide état des lieux des moyens numériques dans les établissements scolaires, ainsi que des manuels de cours. Je parlerai principalement des collèges, puisque c’est la structure que je connais le mieux.

Pour faire simple : c’est le zouk total.

 

I. Le numérique dans l’Éducation, ou la théorie du Chaos préférable.

Exemple concret : salle des profs, 8h10 du matin. La quiétude du jour naissant est interrompue par les bramements enroués de Monsieur Samovar, qui vient de se rendre compte que les antédiluviens ordinateurs qu’on a gentiment daigné y installer – ce n’est absolument pas une obligation – refusent de lire le document qu’il a passé deux heures à préparer la veille, plutôt que de poutrer du monstre à Bravely Second. Pourtant, il avait converti le document en format pdf histoire d’éviter les problèmes de compatibilité. Mais comme il n’a pas les droits administrateur du réseau pédagogique (c’est B., le prof de techno, qui les a, et B. n’arrive qu’à midi), il ne peut pas faire la mise à jour réclamée. Le voilà donc condamné à mimer les fonctions de l’adverbe, autant dire que ça n’est pas gagné.

Pendant ce temps, C. demande à T. qui a eu la bonne idée d’amener son ordinateur perso de convertir son fichier Open Office en format Word parce que sinon, son impression ressemblera davantage à un Picasso qu’à un questionnaire sur la génétique.

L’après-midi, Monsieur Samovar tente une sortie en salle informatique avec ses élèves, pour leur faire faire un diaporama fiche lecture, à base de résumés du texte, fiche de personnages et lolcats. Sur les 14 ordinateurs en état de marche, seuls 9 sont équipés d’un logiciel de bureautique, dont 4 ont besoin de faire une mise à jour LÀ, MAINTENANT, TOUT DE SUITE. Et si, par extraordinaire, la classe parvient à achever l’activité dans les temps (ah ah ah), le prof se retrouvera avec une tripotée de fichiers issus de logiciels et de versions dissemblables que son ordinateur perso aura toutes les peines du monde à faire coexister.

Mais HEUREUSEMENT ! Microsoft to the rescue !

(Dans un souci d’objectivité totale, M. Microsoft sera représenté par Bowser, qui aime enlever des princesses, vit dans un château plein de lave et traite son peuple comme un magasin de Punching-Ball.)

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Concrètement, que propose le contrat qui a été passé entre Microsoft et l’Éducation Nationale.
Tout d’abord qu’une « Charte de confiance » assurera la protection de la vie privée des enseignants et des élèves avec qui Microsoft traitera.

Sérieusement ? Sérieusement ?

Commencer ce partenariat en parlant d’une « Charte de confiance » en mettant l’expression entre guillemets ne me semble pas vraiment pertinent. C’est un peu comme si Dracula avait affiché sur son château : Demeure « pas du tout sinistre », ou Torquemada : Prison « tout confort » au-dessus de ses cellules.

Ce troublant détail mis à part, Microsoft s’engage à former enseignants et cadres (alors, juste un détail, Éducation Nationale : si tu n’étais pas au courant, les enseignants sont des cadres, hein. Je dis ça comme ça, ça pourrait être cool que tu te renseignes, vu que c’est, je sais pas, TOI qui est censée être garante de notre statut) à l’utilisation pertinente de solutions telles que le Cloud ou à accompagner les mômes qui voudraient apprendre à coder.
D’autre part, Microsoft mettrait à disposition des élèves un réseau social « interne et privé ».

Bon, je sais que que je l’ai dit quelques lignes plus haut mais : sérieusement ? SÉRIEUSEMENT ?

Si je comprends bien, Microsoft, dans sa grande mansuétude, permet aux enseignants d’utiliser un espace de stockage (le Cloud) dont il est l’hébergeur et a donc tout accès aux données qui y seront entreposées. Je ne veux pas faire mon Mulder – j’utilise moi-même Dropbox, qui est très moyennement privé – mais que l’Éducation Nationale cautionne cette brèche de sécurité à l’échelle nationale me laisse rêveur.
D’autre part, que des gens mandatés par fuckin’ Microsoft apprennent, par ricochet aux mômes à coder… Je sais pas, je pense qu’on ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi pas proposer à Michelin de fournir du matériel pour les cours de techno et entamer un projet construction de bagnole ? Ou en Histoire-Géo, bosser avec Google Maps ? Ou en latin… en latin… euh… oh, foutez-moi la paix, le latin c’est très cool !

Et pour finir, le coup du réseau social… Dans un premier temps, je me refuse à croire que quiconque puisse penser qu’un réseau crée par une entreprise privée puisse être totalement hermétique, ne serait-ce qu’à ses concepteurs, et privé.
Ensuite, que l’on m’accuse d’archaïsme primaire, mais je trouve scandaleux qu’on fasse entrer dans les habitudes de travail de collégiens l’utilisation d’un réseau social. Ils y sont exposés en permanence. Qu’on les forme à leur utilisation éthique, responsable, bien sûr. Mais qu’on en fasse un truc aussi banal que l’emploi de la vidéo ou de la production assistée par ordinateur, il y a des limites.

Mais tout cela est bien entendu effacé par le point 5 de l’accord avec Microsoft, qui accordera une aide financière et technique (tu as bien vu le mot « financière » ? Je peux le mettre en plus gros, si tu veux) aux « acteurs français » de l’E-éducation. Ce qui est une jolie expression pour dire à ceux qui appliqueront leurs solutions.

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Plus sérieusement, je peux comprendre ce que ce contrat a de séduisant. Il permettrait de lisser bien des difficultés que nous rencontrons dans des bahuts sous-équipés, où la maintenance informatique est souvent laborieuse. Mais nous présenter pour solution la soumission quasi-totale du parc informatique de l’Éducation Nationale à une entreprise dont le but premier, et avoué, est le profit, me semble VRAIMENT sujet à caution.

Il me semble que créer de VRAIS postes de techniciens informatiques, formés à l’utilisation de logiciels libres, capable d’y initier leurs collègues serait un premier pas. Un deuxième pourrait être de tenter de créer une VRAIE charte d’outils informatiques, là aussi indépendants, avec un rapide guide de l’utilisateur, qui permettrait à tout le monde de s’y mettre fonctionnerait.

Nous n’avons pas besoin d’un réseau informatique de pointe. La formation a l’école du numérique peut passer par des outils simples. Et surtout, par un discours aux élèves que Microsoft n’est pas le seul en mesure de les accompagner durant leur parcours scolaire, et plus tard.

 

II. Les manuels scolaires, c’est lourd.

Le cas d’Amazon est un peu différent. Comme vous le savez si vous suivez les aventures de ce blog, la réforme du collège va bouleverser les programmes. Cela passe donc par une réécriture quasi-totale des manuels scolaires, vous savez, les sponsors numéro 1 de la scoliose de vos enfants ?

Vu le léger retard qu’a pris la mise en place de la réforme

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Merci. Vu le retard APOCALYPTIQUE qu’a pris la réforme, donc, de nombreux éditeurs de manuels scolaires marnent pour boucler leurs nouveaux ouvrages dans les délais. Et beaucoup d’enseignants commencent à bâtir leurs propres corpus de textes, leurs exercices, et autres support pédagogiques. C’est loin d’être une pratique nouvelle. En huit ans de boulot, je n’ai jamais rencontré un seul collègue qui suive le manuel à la lettre. Au fil de l’année, chacun se construit « son » manuel personnel, à partir de sources multiples.

Et voilà-t-y pas qu’Amazon, par l’odeur alléché, pointe son petit nez et propose au réseau Canopé, qui dépend de l’Éducation Nationale également, un partenariat, sous forme de formation à l’auto-édition par le biais de Kindle Direct Publishing, qui est un format propriétaire. En gros, ça fonctionne comme ça :

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Le fait qu’Amazon soit représenté par un fourbe ninja est bien entendu le fait du hasard le plus total.

Le côté très enthousiasmant de l’idée serait que les profs disposeraient enfin d’un moyen facile de mettre en forme les cours qu’ils bricolent de leur côté. Je ne suis pas sûr que cela rachète les inconvénients.
Une fois de plus, l’hégémonie d’une – énorme – entreprise privée se met en place. Au détriment de maisons d’édition qui, certes, n’ont pas à se plaindre pour le moment, mais qui pourraient se retrouver rapidement en difficulté face à une pléthore d’offres toutes disponibles sur une seule plateforme.
Qui plus est, je trouve cette idée de monnayer un service qui, à mon sens, devrait être évident, facile et gratuit – la mutualisation des cours – éminemment malsaine. Quand je serai le maître du monde, je créerai une gigantesque plateforme sur laquelle tout le monde pourra déposer ce qu’il a préparé et où tout le monde pourra se servir. Et il n’y aura plus de discrimination, et des licornes viendront nous réveiller en faisant des câlins aussi.

 

Pour conclure, je tiens à signaler que ce n’est pas demain que j’enverrai des lettres à l’anthrax à Amazon et Microsoft. Ces entreprises cherchent à se développer, et elles le font plutôt bien. Par contre, je suis extrêmement choqué que les responsables de l’Éducation Nationale, non seulement renoncent à l’indépendance de moyens qu’elles défendaient il y a quelques temps, mais souscrivent à cet état de fait, en s’abritant derrière les éventuelles remontées pécuniaires que ces partenariats pourraient provoquer. Et là, on touche du doigt l’éternelle question : l’école a-t-elle vocation à préparer les mômes au monde tel qu’il est, celui où des partenariats de ce genre existent, ou à tenter de construire un autre modèle de société ?

Oh et pour l’anecdote : bientôt, mes 3èmes partent en sortie scolaire à Verdun. Sortie qui n’aurait pas été possible sans le soutien de la fondation Coca Cola. Qui en plus de fric, va fournir aux mômes des canettes de soda. Voilà voilà.

Je vous quitte avec en bonus un épisode de la série Daria qui m’avait beaucoup faire rire quand je l’ai vu pour la première fois, il y a une dizaine d’années. Z’étaient marrants, ces américains et leur système scolaire délirant.

Devinez quoi ? C’est en train de devenir le notre.

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Cépapa

“C’est pas parce qu’on est à Ylisse !”

Ça résonne comme un cri de guerre. Quand un môme fait une connerie, quand une sanction tombe. On peut le retrouver dans la bouche de n’importe quel adulte du bahut.

“C’est pas parce qu’on est à Ylisse qu’il faut moins travailler !”
“C’est pas parce qu’on est à Ylisse que tu es autorisé à frapper les autres !”
“C’est pas parce qu’on est à Ylisse que tu peux manquer de respect à tes profs !”

L’autre jour, T. (troisième du nom, celui-là est prof d’Histoire-Géo) se penche à mon oreille. “Quand est-ce que tu en parles, de ce Cépapa ?”

J’adore T., troisième du nom. On ne se parle pas souvent, mais c’est toujours pour des choses importantes. Et cette fois-ci ne fait pas exception. Parce que je n’en peux plus non plus de ce Cépapa.

Oui, on est à Ylisse. Ylisse et ses barres d’immeubles. Ylisse et son gris partout. Ylisse qui passe parfois à la télé, et plus dans la rubrique “La France a peur” que “Ce charmant petit artisan sabotier”. Ylisse et son paysage urbain disparate. Ylisse dont la population galère en plus grand nombre qu’ailleurs en France.

Il y a des adultes qui voient ça. Avec leur regard d’adulte. Et qui vont balancer ce qu’ils pensent être une grande vérité aux mômes.

“Oui, gamin, tu habites dans un endroit tout pourri, et dans ta petite tête, JE SAIS que tu penses que ça te permet de te comporter en graine de racaille. Mais en fait NON ! Nous, les adultes responsables, sommes là pour te remettre sur le droit chemin.”

Ça m’insupporte

Ça m’insupporte que l’on puisse, quand on bosse chaque jour dans ce bahut, ne pas voir au-delà des clichés de la té-ci de banlieue. Ça m’insupporte qu’on puisse parler avec autant de condescendance. Ça m’insupporte qu’on puisse implanter cet implicite dans la tête d’un môme. Parce que même si mes troisièmes galèrent à écrire la définition du terme “implicite” dans leurs devoirs, ils le comprennent et le pratiquent. Et quand on leur balance un Cépapa, ils saisissent qu’Ylisse, c’est pas vraiment comme ailleurs. Qu’ils sont les mômes de la grisaille un peu honteuse, des profs débutants qui n’ont pas envie d’être là, les mômes du REP+.

C’est pas parce que tu n’es pas vraiment des nôtres que tu ne dois pas bien te comporter.

Cépapa, c’est la négation d’une grande part de ce que je cherche à faire passer en classe. La salle de classe qui, qu’elle se trouve à Ylisse, Criméa ou Tombouctou accueillera les cris d’Antigone, les créatures de Lovecraft ou les filles du Père Goriot.
Et, élève d’Ylisse, tu dois bosser parce que tu es au collège.
Tu ne dois pas frapper les autres parce que tu es un être humain.
Tu ne peux pas manquer de respect à tes profs parce que l’irrespect est inadmissible.

Tu n’as ni dérogation, ni handicap. Tu es comme les autres. Que jamais ton paysage quotidien ne devienne chaîne ou boulet. Nous, adultes, sommes là pour t’aider à prendre ton essor. À choisir ce que tu veux être. L’endroit d’où tu viens n’es qu’un facteur. Pas un blason ni une marque, qu’elle soit honorable ou infamante.

On est à Ylisse. Sans négation.

Ennui

L’ennui.

Dans le boulot d’enseignant, il n’y a pas terme plus paralysant, locution plus honteuse. L’ennui, c’est la syphilis du prof. La maladie dont tout le monde connaît les symptômes, mais qui préférerait en décéder plutôt que d’avouer qu’il l’a contractée.

L’ennui, c’est la justification numéro 1 lorsque les élèves bordélisent leur prof, lorsque votre direction vous demande gentiment mais fermement de vous reprendre en main. “Maaaaais les cours de Monsieur S. ils sont pas intéressaaaaaaaants !” (chaque fin de cours, les deux premières années de ma carrière) “Monsieur S., est-ce qu’ils sont motivés, pour venir dans votre cours.”

L’ennui, l’épée de Damoclès qui vous pend en permanence au-dessus de la tête. Parce qu’elle justifie tout.

Le môme qui s’ennuie sera toujours regardé avec bienveillance. J’ai moi aussi dans la tête l’image d’Epinal du Cancre de Prévert. Et dans la tête l’image de la pendule dont les aiguilles se sont figées. Certes, aujourd’hui tu montres une pendule à aiguilles à un môme, il te demande comment on contacte les extra-terrestres avec MAIS BON, ne sacrifions pas à la modernité nos clichés poussiéreux. Où en étais-je ?

Ah oui. L’ennui.

Les chiards regarderont avec indulgence ou un agacement passager un prof bordélique. Un tyran fera parler à voix basse, créera une mythologie. Une disgrâce physique s’oublie rapidement, au quotidien. Mais l’ennui condamne. Même auprès des parents “il n’écoute pas en physique ? C’est vrai que c’est pas très très rigolo hein…” et jusqu’au collègue “Ça se passe mal avec un tel ? En même temps, faut reconnaître que ses cours sont d’un chiant…” (et avant qu’on me saute dessus oui, oui, ça m’est arrivé de le dire aussi)

Et je connais peu de choses aussi cruelles, dans ce boulot.

Parce que l’ennui est intangible. L’ennui, parfois, ne tient à rien. On manque d’énergie, on est intimidé, ou, tout simplement, on n’a pas compris à quel public on s’adresse. Notre discours est trop érudit, trop délayé. Et quasi instantanément, la classe nous échappe.

C’est injuste parce que, comme toutes ces qualités désincarnées que sont “autorité”, “charisme”, “rigueur”, le verdict “ennuyeux” semble reposer avant tout sur la personnalité du prof. Combien de fois passera-t-on devant des classes, paires d’yeux enflammées, rivées sur un tableau couvert de formules de maths absconses, de cartes obscures, ou sur le même texte dont l’étude, dans sa propre classe, s’est terminée en un remake des fêtes de Bayonne, avec autant de hurlements, mais moins de bandas et plus de carnets de correspondance ?

Et, injustice suprême, la lutte contre l’ennui est une obligation fantôme. Il n’est écrit nulle part qu’un enseignant doive être passionnant. Notre lettre de mission ne nous enjoint pas à faire de nos cours des moments trépidants. Mais cela finit par devenir une préoccupation majeure, en particulier au collège et – je le suppute – en primaire. Combattre non pas l’ennui, mais la peur d’ennuyer, parce que les élèves s’en font une armure pour refuser ce qu’on leur propose, parce que c’est humiliant, parce que rôde dans un coin de notre esprit l’archétype du petit prof un peu ridicule qui murmure son sermon pendant que, dans sa classe, on vit. Le petit prof un peu ridicule est passé à côté et ne comprend pas, lui.

Et parfois, il y aura cette consécration entendue dans un couloir ou la cours de récréation : “Il est trop intéressant, ce prof !” “C’est super intéressant, ce qu’on fait !”

Mais que fait-on ? De toutes les questions que je me pose sur l’enseignement, celle-ci est celle sur laquelle j’ai le moins avancé : faut-il craindre l’ennui ? Comment le manipuler, ce moment où le temps ralentit, où le cours se réduit à des mômes qui grattent laborieusement sur leurs cahiers ?

Parce que j’ai beau faire, quelque chose en moi renâcle à l’idée d’être uniquement jugé sur ma capacité à étonner ou à susciter de l’intérêt. Se révolte face à ces enseignants pleins d’envie et de projets qui n’y arrivent pas parce que “son cours il est pas intéressant m’sieur !”

Et dans une réforme qui, à travers la multiplication des activités, des modalités d’enseignements et des projets a clairement désigné l’ennui comme ennemi numéro 1, comment apprivoiser le fantôme gris ?